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Full text of "Nouvelle heresie dans la morale, denonée au Pape et aux evêques, aux princes et aux magistrats"

DUKE 
UNIVERSITY 




DIVINITY SCHOOL 
LIBRARY 



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Digitized by the Internet Archive 
in 2013 . 



http://archive.org/details/nouvelleheresiedOOarna 



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NOUVELLE 

HERESIE 

DAN S a /v 

LA MORALE 

DENONCEE 

AU PAPE 

E T 

AUX EVE QJJ E S , 
AUX PRINCES 

E T 

AUX MAGISTRATS. 

A COLOGNE, 
Chez NICOLAS SCHOUTEN. 

M. D C. X I C. 



% B 

NOUVELLE HERESIE 



DANS S^hh^- 

LA MORALE? 5 ^ 
ARTICLE PREMIER. 

Expofition du fait, 

LA Nouvelle Hcrefie dans la Morale que 
l'on dénonce icy aux Puifiances fpiri- 
ttielles & temporelles établies de Dieu, 
pour veiller fur les mœurs des hommes, confî- 
fte en ce qu'on a enfeigné publiquement la 
Proportion fuivante. 

Le péché Thilofophique ou Moral , eft une 
aBion humaine contraire à ce qui convient à la 
nature raifonnahle <& à la droite raifon. Mais 
le péché Theologique mortel eft une libre tranf- 
grejfton de la Loy de Dieu. Le péché Philofophi- 
que , quelque grief qu'il puijfe être , étant com- 
mis par celuy t ou qui n'a point de connoijfancs 
de Dieu , ou qui ne penje point actuellement à 
"Dieu , peut être un péché fort grief \ mais n eft 
point une offenfe de Dieu , ni un péché mortel 
qui rompe V amitié de V homme avec Dieu 3 ni qui 
mérite la peine éternelle. 

C'eit mot pour mot en François, ce qui le lit 
en Latin dans une Thefe imprimée, & foutenuë 

A & pu- 



4 Nouvelle H ère (le 

Art. I. publiquement à Dijon dans le Collège des Pè- 
res Jeiuites au mois de Juin 1686. Cette The- 
fe a pour titre , Thejes Théologies, de Veccatk. 
Elle n'a que 8. portions, dont cclie-cr eit la 
première. 

ïeccatum Thilofophicum y feH Morale eft aciyj 
humantit difeonvemens nature rat iona.lt , & 
reebs, rationi. Theologicum veto & mortale efi 
tranfgrejfio libéra kgis divin&. Thilojbphicum 
quantumvis grave , in illo qui Denm vel igno- 
rât ,vel de Deo aclu non cogitât , eft grave pec- 
catum, fed non eft offenfa Dei , ne que peccatum 
mortale dijfolvem amiaiiam Det } neque Atemâ 
pœna dignum. 

Il n'eft pas befoin de commentaire pour juger 
que cela veut dire, qu'il s'eft toujours commis 
& fe commettra jufqu'à la fin du monde une 
infinité de crimes contre la pureté , centre 
l'humanité, contre I3 jultice & autres vertus , 
fornications , adultères \ péchez contre nature , 
afiafîinats , vangeances cruelles , empoifonne- 
mens, faux témoignages , calomnies noires, 
larcins, brigandages qui n'ont efté, & ne feront 
que des pechc^Phi!oftphiques y qui ne font point 
ojfenfes de Dieu , & ne méritent peint la peine 
«ter»*//*»} parce que ceux qui en font coupables, 
ou ne connoifibient point Dieu , vel Deurn 
ign or a b an t, ou ne pènfoient point actuellemeut 
à Dieu, en commettant ces péchez, velde Deo 
aciu non cogitabant. 

Voilà ce que les Religieux de îa Compa- 
gnie de Tefus , ont trouvé bon que l'on ensei- 
gnât dans un de leurs plus célèbres Collèges 
de France. La nouveauté de cette doctrine fi 
contraire aux premiers élemcns de la Reli- 
gion Chrétienne , qui s'apprennent dans les 
Catechifmcs, ne les a point frappez. Ils n'ont 



àu péché ' PhilofofhiqHC 5 
point appréhendé le fcandale , que pou voit a*.t. I. 
caufer ce damnablc paradoxe, qui fait croire 
que les gens du monde qui fe laiiîcnt empor- 
ter à leurs pallions , font dautant moins en 
danger d'être damnez, qu'ils font plus liber- 
tins & plus impies , & qu'ils vivent dans un 
plus grand & plus continuel oubli de Dieu. 
Il* ne fe font pas même réveillez de leur aiîbu- 
pilTement, quand on les en a avertis, & qu'on 
a expofé aux yeux du public une proportion fi 
Surprenante. 

On l'a fait d'abord fans nommer les Au- 
teurs , pour leur en épargner la confufion & 
les rendre par cette manière charitable plus 
difpofez à reconnoître leur faute. Cette The- 
fe de Di]on étant tombée entre les mains des 
Docteurs de Louvain , un d'eux en a rap- 
porté la première proportion à la fin d'une 
Thefe, fans dire ni où, ni par qui elle avoit 
cfté foutenue, s'étant contenté d'expofer à la 
cenfure publique une fi étrange doctrine , & & 
avantageufe aux impies. Tout le monde en a 
eu horreur. Les jefuites feuls qui font tou- 
jours informés des premiers de ce que con- 
tiennent les Thefes de Louvain , parce qu'af- 
fez fouvent elles les regardent , font demeu- 
rez froids & infenfibles j n'y trouvant rien à 
redire. 

On fut averti que Ton pourroit douter que 
des Théologiens Catholiques eufTent ofé foû- 
tenir une telle chofe,fï on ne voyoit la Thefe 
entière avec le tems & le lieu fcù elle a efté 
défendue. On l'a fait dans une grande Thefe 
du 6. Mayi6$8. oii celle de Dijon ett impri- 
mée toute entière avec fon titre , Thefes 
Théologie a de VeccatU : &; cette fin , H as Thefes 
Deo duce & aufèïce Vei-para propugnabit Ste- 

A ij p h an us 

! ■ 



fa' NoHveîle H ère fie 

r< j phanus Bougot , in aida majore Coîlegij Qivie- 

Godranij Societatis Iefu , die lunij \t>%6. 

Mais le Profdleur en Théologie des Jefuites 
nommé le Pere c J e Reux , qui a pris à tâche de 
contredire toutes les Thcfes des Théologiens 
de Louvain , où il y a quelque chofe qui ne 
plaît pas à la Compagnie , n'a pas crû fe de- 
voir taire fur ce qu'on trouvoit à redire à la 
doctrine de Tes pères de Dijon. Et veicy ce 
qu'il en dit dans Tes Thcfes du mois de Dé- 
cembre de la même année ib8?. Quamvis exi- 
fientia Dti etiam populariter fit démon firabilis 3 
non modo tamen non efipropriè perfe nota quoad 
nos y fed etiam fieri potefi, ut ah homine crdina- 
riistantum divins, gratta auxiliis pr&vcnto igno- 
retur inculpate. Eripiant hoc nobis fi pofjunt cf- 
ftrtum Philosophici in Burgundiam ufque 
perfteutores Peccati :fed non poterunt. C'eft 
à dire : Quoique l'exifience de Dieu fe puijfe dé- 
montrer d'une manière proportionnée à l'intelli- 
gence du peuple : il eft vray néanmoins que 
non feulement elle n eft pas proprement connue' 
par elle-même à l'égard de nous ; mais qu'il fe 
peut faire qu'elle feit ignorée par un homme aidé 
feulement du feconrs ordinaire de la grâce ^ fans 
qu'il y ait de fa faute. 6)ue les perjecuteurs de 
la doctrine du Pèche' Philosop hique, 
qui a eflé enfeiqné en Bourgogne , ruinent s'ils 
peuvent cette propofition ( de l'exifience de Dieu 
ignorée fans péché) mais nous femmes bien 
ajfure^quils ne le pourront pas. 

On voit par là, que les Jefuites regardent 
comme des perfecuteurs de la vérité ceux qu'ils 
appellent des perfecuteurs du péché Fhilofcphi- 
que diftingué du Theologique , bien loin de la 
defavoiïer. Et c'eft tout ce que j'avois entre- 
pris de faire voir dans cet article , me refer- 

•vant 



du pèche Phtlo fopht que. 7 
Tant de montrer en un autre endroit Iesfauf- A a t. & 
fêtez & abfurditez de cette réponfe du Pere de 
Reux. Mais ce qui eft plus important elt de 
faire remarquer comment les Jefuites font tom- 
bez dans cette Nouvelle Hereiîe. Car on rc- 
connoîtra par là que pour la defavoiier fince- 
rement ; il ne fuflîroit pas qu'ils la condamnaf- 
fent & qu'ils en fîiTent amande honorable à tou- 
te l'Eglife ; mais qu'il faudroit encore qu'ils 
condamnaient d'autres erreurs qui s'enfeignent 
communément dans leurs Ecoles,dont celle-ci 
eft une fuite naturelle. 



ARTICLE IL 

far quels dégrevés Jefuites fe font enga- 
gés dans cette Nouvelle Herefie des 
péchez, Philofophiques , qui , félon eux, 
quoi que très -énorme s ne méritent point 
la damnation. 

/^'Eft une grande Se terrible vérité, que plus 
V-> on s'attache à de méchans principes , plus 
on s'égare à mefure qu'on avance , & qu'on 
vient à vouloir étendre ces principes pour en 
tirer tout l'avantage pollible , ou qu'on veut 
parer aux inconveniens qu'on y découvre, ou 
enfin qu'on veut faire voir toutes les confe- 
quences qui en fuivent naturellement. 

C'eft ce qui eft arrivé aux Jefuites fur le fujet 
de la Grâce & de la Morale. On veut croire que 
ceux d'entre leurs Ecrivains qui ont introduit 
les premiers des nouveautez dans la Théolo- 
gie, & dans la Morale Chrétienne , ont eu bon- 

A 4 ne 



'8 Nouvelle Herefie 

Art. il. ne intention. Comme ils s'étoient flatte de 
mieux combattre les herefies de ces derniers 
fiecles, Se de ramener plus d'heretiques a l'E- 
glife par leurs nouvelles opinions fur la Grâce 
& fur la liberté, ils croyoïent aulii que leurs 
nouveaux principes de Morale ferviroient à 
convertir plus de pécheurs , & à les faire mar- 
cher plus facilement dans la voye du falut. 
Mais s'étant trompés en s'écartant de la voye 
royale de la Tradition Se de l'Ecriture , la So- 
ciété par un faux point d'honneur s'eit crû-ë 
obligée à les défendre . & à foutenir ces fauf- 
fes démarches. Ainfi l'efprit de picque, de ja- 
loufie & de vaine gloire , & la mauvaife honte 
à ne vouloir pas reculer , a donné lieu à plu- 
fieurs erreurs qu'on a efté obligé d'avancer 
pour ne pas abandonner les paétnieres. 

La faulfe idée qu'ils ont conçue' de la mife- 
ricorde de Dieu Se de fa juftice , de la rédem- 
ption des hommes par Jefus-Chrift , & de la 
liberté de l'homme pécheur , elt le principe 
d'où eft né le dogme de la Grâce Suffifamc 
donnée généralement à tous les hommes fidè- 
les Se infidèles , juftes Se pécheurs , aveuglez Se 
endurcis. 

Ils ont me fur é la mifericorde de Dieu (tir 
* ïfai. s s. ] ellrs penfées humaines, quoique * Dieu ait dit 
fi pofitivement que fes penfées ne (ont pas 
comme les nôtres , Se que fes voyes font aufîi 
éloignées de celles des hommes , que le Ciel 
l'eft de la terre. C'elt fur cela qu'ils ont crû 
que plus il répandoit de grâces fur les hom- 
mes , plus fa mifericorde feroit digne de luy: 
& qu'elle ne feroit point parfaite Se infinie 
comme luy, fi fes grâces n'étoient univerfelles, 
Se fans bornes. 
Ils n'ont pas crû de même pouvoir mettre La 

ju- 



da péché Philofophiqtie. y 
juftice de Dieu à couvert des accufations du ^ KT 
pécheur, s'il manquoit à aucun d'eux quelque 
choie de ce qui luy elt neccfîaire , pour faire le 
bien & éviter le péché, &: que fans cela ce fe- 
roit faire aux hommes des Commandemens 
impolTibles , que de les obliger à accomplir la 
Loy. C'eft encore ce qui les a portez à donner 
à tous les hommes des grâces fuffifantes Se tou- 
jours prefentes. 

Ils ont crû qu'on ne pouvoir dire avec Saint ^ 
Paul , Se avec l'Eglife , que Jefus - Chrift efi u ^ # 
moYtyour totis , Se qu'il eft le Rédempteur de Hymn^ 
totes y n" tous les hommes fans exception ne re- sAd-venu 
cev oient des grâces fuffifantes pour être fau- 
vez par l'application actuelle de fon Sacrifice 
& des mentes de fon Sang. 

Enfin ils fe font imaginé qu'à moins que le 
pécheur n'ait pour faire le bien autant de pou- 
voir Se de force qu'il en a pour faire le mal, on 
iie pouvoir fauver fa liberté , Se que c'étoic 
approcher de l'hereiie de Calvin , qui a enfei- 
gné que le libre arbitre eft péri dans l'homme 
par la corruption de la nature, que d'avancer 
qu'il n'a pas toujours des grâces SumTantes. 
Ils luy en ont donc donné à pleines mains Se 
fans mefure: comme on peut voir par les Propo- 
rtions 7. 14. ïj. 19. Se autres de Leffius cenfi*- 
rées par les Facilitez deLouvain &deDoiiay. 

Cependant ils fe font bien-tôt apperçûs que 
l'expérience renverfoit ces imaginations ; & ils 
n'ont pas trouvé le monde difpofé à croire que 
tant d'Infidelles qui ont vécu dans les plus 
profondes ténèbres de l'Idolâtrie , Se qui fe 
font abandonnez à toutes fortes de crimes , 8c 
tant de Nations barbares nouvellement décou- 
vertes , qui fe font trouvées fans aucune pen- 
fée de Religion , menant une vie toute fenfuel- 

le, 

y 



10 Nouvelle Herefie 

À k t. II, le , eulTenç eu toutes les graccsneceiîaircs pour 
vivre félon la Loy de Dieu. Ils ont donc trou- 
ré à propos de biaifer un peu , en difant : que 
tous les Infidelîes ont toujours &>par tout un pou- 
voir fuffifant de la part de Dieu , en puiffan- 
ce , ex parte Dei & in ac~tu primo , parce que 
stls faifoient tout ce qui eft en eux félon la difpo- 
fition naturelle ou Jurnaturelle ou ils je trouvent, 
Dieu les éclaireroit , afin qu'ils pujfent croire &> 
fe convertir. C'elt la 18. des proportions cen- 
fuices de Leflius , dont ils ont fait cet axiome. 
Facienti quod in fe ejl ex folis viribus nature 
Deus non denegat gratiam. 

Us ont crû s'échaper par là. Mais ils fe font 
trompez. Car ce faux axiome avant cité fort 
mal reçu , cenfuré par les Univerfîrez , & dé- 
claré Pelagienpar la Congrégation de auxiliis, 

11 fe trouve prefentement abandonné dans les 
écoles Moliniennes ; & leur première opinion 
des Grâces Suffifantes données à tous les hom- 
mes , & non pas feulement offertes à ceux qui 
les attireroient par un effort naturel , s'y elt 
remife en poflefîîon , comme il paroît par le 
Libelle & les Thefes du P. Defchamps , & du 
commun des Jefuitcs. 

Mais ils ne s'en font pas mieux trouvez d'a- 
Tôir repris ce premier pofte. On les y a atta- 
quez de nouveau, & ils ont elté battus fur- 
cela par tant d'endroits & en tant de manières, 
l'expérience du contraire elt fi fenfible , les 
Ecritures & la Tradition fi oppofées à cette 
doctrine , que pluf eurs d'entr'eux ont defefpe- 
ré de pouvoir reiïiTïr à jultifîerpar ce moyen la 
juftice de Dieu contre les reproches des pé- 
cheurs. Us ont donc encore une fois changé 
demerhode, & ont pris le party de juftjh'er le 
plus de pécheurs qu'ils pourroicnt contre la 



du pèche Philofophique'. Il 
juftice de Dieu, & de les mettre à couvert de Akt, Il 
fa colère. 

Et c'eft où ils ont plus fait paroître leur 
adreiTe & leur induftrie : & en quoy ils ont lieu 
de croire aufli que les pécheurs leur font plus 
obligez. Car enfin il y en a une infinité à qui 
cette abondance de Grâces Suffisantes elt plus 
onereufe qu'avantageufe. Elle leur paroît â van- 
tageufe en ce qu'elle femblc mettre leur falut 
entre leurs mains, en les aflurant qu'à toute 
heure , à tout moment , en tout état , tout ce 
qui leur eft neceflaire pour faire le bien & évi- 
ter le mal leur elt prefcnt à point nommé. 
Mais combien y en a-t-il à qui cela même elt 
onéreux • parce que ne voulant ni faire le bien, 
ni fuir le mal , il ne leur peut être qu'incom- 
mode de fe voir en cet état chargez de grâces, 
qui ne ferviront qu'à les rendre plus coupables 
& plus dignes de la colère de Dieu. 11 leur eft 
donc bien plus avantageux de n'en point avoir, 
& c'eft une invention bien plus rare de trouver 
moyen de les décharger de ce fardeau ; & fans 
fe mettre en peine de leur perfuader qu'ils ont 
toutes les grâces necelTaires , mais en fuppo- 
fant qu'ils ne les ont pas , leur faire mettre à 
profit cette privation même , & les a/Turer 
u'ils feront d'autant plus à couvert de la 
amnation , qu'ils feront plus abandonnez Se 
de la lumière Se de la grâce de Dieu. 

C'eft à quoy ont travaillé il y a Iong-tems 
plufieurs Théologiens de la Compagnie : & 
Yoicy comme ils s'y font pris. Ils ont pofé pour 
- principe, que pour fecher il faut agir volon- 
tairement & librement , ce qui eft vray à l'é- 
gard des péchez actuels. Mais ils ont ajouté, 
ce qui eft tres-faux, qu'une action n'eft point 
eenfée être afîez libre & volontés rour ren- 
dre 



î i Nouvelle Herefie 

An. t. II. dre coupable celuyqui la fait, non feulement 
fi on ne connoît ce que l'on a deîîein de faire , 
mais fi on n'a de plus la pcnfée que l'on feroit 
mal en le faifant. C'eft ce qu'on comprendra 
mieux par un exemple. Lors qu'un Idolâtre de 
la raleftme immoloit Ton enfant à Moloch, il 
fçavoit bien que c'étoitfon enfant qu'il faifoit 
mourir ; mais loin d'avoir la pcnfée qu'il fai- 
foit mal en cela , il croyoit faire une action hé- 
roïque de religion. On demande donc fi fça- 
chant bien ce qu'il faifoit , mais ne fçachant 
pas qu'il faifoit mal , fon action étoit fufrlfam- 
ment libre & volontaire pour être péché. Ce 
feroit une herefie que d'en douter , après ce 
qui eft dit dans la SageiTc de ces abominables 
lacrifices. 

Cependant voicy ce que croyent fur cela les 
Théologiens de la Compagnie : Afin qu'une 
action foit volontaire , il faut qu 'elle -procède 
d'homme qui voye , qui ffache , qui pénétre ce 
qu'il y a de bien & de mal en elle : Volunta- 
* Bauny rium eft , * dit-on communément avec le Vhi- 
fomme des lofophe , quod fît à principio cognofcenre 
péchez, f. fi n g U l a ln quibus eft actio. S 1 / bien que quand 
$o6 ' la volonté à la volée & fans difcuffion fe porte 
à vouloir ou abhorrer , faire ou lai/fer quelque 
chofe , avant que V entendement sit pu voir s'il 
y a du mal à la vouloir ou à la fuir, la faire oh 
la lœijfer, telle aciionn eft ni bonne m mauvaife r 
dautant qua cette perquiftion , cette vue , ou 
réflexion de V esprit deffus les qualité^ bonnes oh 
mauvaifes delà chofe de laquelle Von s'occupe 
t aclion avec laquelle on la fait n eft pas volon- 
taire. 

Rien n'eft plus faux que cette doctrine. Elle 
eft condamnée par les Philofophes Payens de 
l'autorité dcfcjuels ils l'ont voulu appuyer. 

Tous 



du péché Thilofophiquc, 13 
Tout les méchans , dit Ariftotedans le licumc- Art. n. 
me auquel renvoyé le Pere Bauny , qui eft le 
3. de Tes Morales , ignorent ce qu'ils doivent 
faire , <& ce qu'ils doivent fuir 1 & ceft cela, 
même qui les rend m'echans & vicieux. C' eft 
pourquoy on ne peut pas dire que parce qu'un 
homme ignore ce qu'il eft à propos qu'il faffe 
pour fatisfaire à [on devoir , fon action foit in- 
volontaire. Car cette ignorance dans le choix 
du bien & du mal ne fait pas qu'une action foit 
involontaire , mais feulement qu elle eft vicieuft. 
iJon doit dire la même cbofe de celui qui ignore 
en gênerai les règles de fon devoir, puifque cette 
ignorance rend les hommes dignes de blâme, & 
non d'excufe. Et ainfi ï ignorance qui rend les 
actions involontaires & excufables , eft feule- 
ment celle qui regarde le fait en particulier & 
fes circonftances ftngulieres. 

Ce même Philofophe enfeignc cette même 
doctrine , qui eft celle de tous les hommes rai- 
fonnables, dans le 7. Livre du même ouvrage. 
Il diftingue deux fortes de perfonnes qui pè- 
chent à l'égard des voluptez corporelles , en 
s'y abandonnant contre la droite raifon. Les 
uns qui s'y abandonnent en fe laiiTant empor- 
ter par leurs paffions , quoy qu'ils fçachent 
bien que c'eit mal fait - } & ce font ceux qu'il 
appelle «e'^^Tê/V , comme étant foibles, à l'é- 
gard de ces plaifirs. Les autres qui mettant leur 
bonheur dans la joiïiiîance de ces voluptez, 
croyent que c'eft bien fait de les rechercher, & 
ce font ceux quM appelle ttx>oha.'ç*s , parce 
que c'elt ce qui arrive à ceux qui ont cfté mal 
r élevez. Mais les Interprètes ont appelle les 
premiers, incontinentes, incontiaens, & les au- 
tres, intempérantes, intemperans : ce qui n'ex- 
prime pas néanmoins fi bien que les mots Grecs 

ce 



14 Nouvelle Herefîe 

àat. II. ce qu'a voulu dire Anftote. 11 dit que les pre- 
miers font femblables à un Etat qui a de bonnes 
Loix , mais qui ne les obferve pas • & les der- 
niers à un Etat qui obferve Tes Loix , mais qui 
en a de méchantes : que les uns font fujets à 
fe repentir de ce qu'ils ont fait , ce qui rend 
leur guerifon plus facile : & que les autres ne 
fe repentent point , ce qui les rend incurables. 
Mais que conclut-il de là ? Il devoit en con- 
clure , félon les jefuites , que ces derniers- ne 
pèchent point en s'abandonnant aux plaifirs du 
corps , parce qu'ils ne croyent point que ce 
foit mal fait de les rechercher ; étant au con- 
traire perfuadez que l'homme étant heureux 
en joïïiffant de ces plaifirs , c'eit être fage que 
d'en jouir, quand on le peut ; & qu'il n'y a que 
les premiers qui pèchent , parce qu'ils feavent 
que c'elt mal fait de s'abandonner à ces vo- 
luptez. Mais Ariftote fuivant la lumière du 
bon fens , enfeigne au contraire , que les der- 
niers font beaucoup plus médians que les pre- 
miers , & qu'ils font tout à fait vicieu* , au 
lieu que les autres ne le font qu'à demy , parce 
que leur jugement n'elt pas corrompu, & qu'il 
l'eft dans les autres. 

Tous les Pères après l'Ecriture établirent 
encore plus fortement cette importante règle 
de la Morale contraire à l'erreur des Jefuites. 
Mais on fe contentera de rapporter "ce qu'en 
dit S. Auguftin de la manière du monde la plus 
claire & la plus décifive au liv. i. de fes Ré- 
tractât, ch. 15. n. 3. Ceux qui pèchent par igno- 
rance , ne font leur aciion que parce qu'ils la 
veulent faire , que y qu'ils pèchent fans qu'ils 
veuillent pecher. Ainfi ce péché même d'igno- 
rance ne peut être commis que par la volonté de 
selui qui le commet , mais par une volonté qui 



àu> péché Thilofophique. 15 
I fe porte à l'action & non au péché. Voluntate Art. S. 

FACTI , NON VOLUNTATE PECCATI : Ce qui 

n'empêche pus néanmoins que l' aftion ne [oit pé- 
ché, parce qu'il fuffit pour cela qu'on ait fait et 
qu'on étoit obligé de ne pas faire.. 

Mais comme il eft fort ordinaire aux Théo- 
logiens de la Compagnie d'être contraires à ce 
Saint , demeurant fermes dans leurs fauffes 
maximes , que les plus méchantes actions ne 
font point de vrais péchez qui rendent coupa- 
bles ceux qui les commettent, s'ils ne fçavent 
pas qu'ils font mal en les faifant ; outre l'avan- 
tage qu'ils en ont tiré pour élargir la voye du 
Ciel , ils s'en font encore fervis à l'ufao;equc 
j'ay dit, qui eft de dédommager les pécheurs 
que Dieu abandonneroit à eux-mêmes, en leur 
faifant croire qu'ils ne perdent pas tant qu'ils 
pourroient penfer , lorfqu'ils fe trouvent pri- 
vez des grâces de Dieu. 

Car comme ils font confifter la Grâce, ou 
dans la lumière qui éclaire l'efprit en lui fai- 
fant connoîrre fes devoirs, ou dans une penfée 
actuelle , qui applique en rems & lieu à confi- 
derer la bonté ou la malice de l'action qu'on 
va faire : par le moyen du principe que je viens 
d'expliquer, ils ont trouvé moyen de faire fer- 
vir la privation de toutes ces différentes grâces 
à la juftifîcation du pécheur ; c'eft à dire à 
prouver que ce qu'il fait , quoy que mal en foy, 
ne lui eft point imputé à peché. 

Si Dieu biffe un pécheur dans fes ténèbres, 
il fera dans l'ignorance de fon devoir. Et dés- 
là point de peché : & plus fes ténèbres feront 
* epaiffes , plus il fera innocent. 

Si Dieu n'amollit point par fa grâce cette 
dureté de cceur , qui fe contracte par des habi- 
tudes invétérées , & qui fait qu'il y a tant de 

per- 



i£ Nouvelle Hère fie 

A*. t. II. perfonncs à qui on peut appliquer ce que dit 
Iphef. i 3 . S. Paul , qu'ayant perdu tout fentiment & 
t&ut remords (et^ ^^yn^oj^ç ) ils t'abandon- 
nent à toutes fortes de dijfolutions & de débau- 
ches , fe biffant emporter à leurs pallions - on 
peut juger de là qu'ils ne pèchent point félon 
les Jefuites j parce que la paffïon , aufiî bien 
que l'habitude, ôte l'ufage actuel de la raifon» 
Filiveivj. Quia tam paffto quam confuetudo , tcllit 
aciualem ufum rationis ; c'eft à dire qu'elle em- 
pêche (ce qui eft trcs-vi ay ) que l'efprit ne 
s'applique à confiderer le bien & le mal qu'il 
peut y avoir dans l'action que l'habitude & la 
paiïion nous portent à faire. Ainfi c'elt pour 
ces pécheurs endurcis une heureufe necelîîté 
que celle qui vient de l'endurciflcment de leur 
cœur. Ils ne pèchent plus à force d'avoir con- 
tracté l'habitude & la neceflué du péché. ' Et 
ils peuvent faire impunément toutes fortes de 
crimes, parce qu'ils boivent l'iniquité comme 
l'eau , & qu'ils fe font mis en l'état dont parle 
Ctnfeff S. Auguftin : ~Dum fervitur Ubidini , facta efi 
Hb, «. c. y. confuetudo ; & dum confuetudini non refiftitur , 
facia efi necejfitas. 

Que fi l'on confidere cette forte de grâces 
qui confifte dans une penfée actuelle qui ap- 
plique en tems & lieu à confiderer la bonté ou 
la malice de l'action qu'on a à faire - } qui peut 
douter qu'il n'y ait une infinité de gens à qui 
elle manque , & qui ont mérité d'en être 
privez par leur négligence à fe donner à 
Dieu & à le prier ? Ils font donc bien obli- 
gez aux Jefuites, qui les a/furent que loin 
qu'il y ait à perdre pour eux s c'eft au con- - 
traire un gain bien clair de n'avoir point re- 
çu de Dieu cette' penfée actuelle ; parce que 
ne l'ayant point reçue' , ils ont eu la fans* 

faction 



du ptché Vh 'dofofhicjue. 17 
fanion de jouir d'un plaifir défendu , ou de Art. Iî. 
profiter d'un avantage injulte 3 fans avoir 
commis de peché pour lequel ils puiflent 
craindre d'être punis. 

Cette méchante doctrine , que quoy que 
l'on falfe on ne pèche point, fi on ne fçait que 
ce que l'on fait eft mauvais , avoit efté cen- 
furée par là Sorbonne en 1641. en ces termes : 
H&c propofitio falfa eft , viamque apertt ad ex- 
cu fondas exeufationes in peccatis. Par celle 
de Louvain en 1657. en ceux-cy : Eft contra 
communia religionis ChriftianA principiœ , 
innnmtra etiam immanïjftma peccata excujat. 
cum pernicie animanim. Par l'Eglife de Sens 
en 16$%. dans la cenfure.de l'Apologie poux 

les Cafuiltes. Ha propofitiones fcrtptu- 

ris , Patribas , fideiium precibus manifefte ad- 
verfantur , & ad exeufanda gravïffima qu&- 
que [cèlera prompt am defenfionem fuppeditant. 
Èt par celle de Paris en la même année dans 
fon jugement fur le même Livre. H&c do Uri- 
na eft falfa > erronea , fcanda.bfa , contraria 
fanciâ Scriptur& , Patribus 9 ^» fan a Theolo- 
ai& , .qti& peccata per ignorantiam agnofeit , 
exeufationes peccantibus ad illorum perniciem 
fuppe ! itctt , & Chriftianos ad negligendnm J.a~ 
luti s feientiam impellit. On fçait aiîez qu'elle 
a efté en horreur en ces tems-là à toutes les 
pe.fonnes de pieté j mais cela n'a pas empê- 
ché que les Tefuites n'y foient toujours de- 
me rez tres-fortement attachez • jufques là 
qu'en 168?. ils firent courir dans les Païs-Bas 
«- un-Livre fous le nom à'vlricm leuftsm , où ils 
aflurent hardiment que tous les Théologiens 
enfeignent , fi on en excepte un petit nom- 
bre , ad peccandum formalité requïri notiiïarm 
malitiA. 

m Et 



x8 Nouvelle Herefic 

i£&t« il, Et j e viens d'apprendre que les Jefuites 
Millionnaires dans les Provinces-Unies s'y 
fervent d'une efpece de Catechifme intitulé , 
lnjlruttio ad primam communion em , qui aefté 
déjà imprimé à Anvers , où ils donnent pour 
maxime à ceux qui s'examinent fur les pé- 
chez de leur jeunelfe , qu'ils ne fe doivent 
croire coupables que quand ils ont connu que 
ce qu'ils faifoient étoit péché : Nemo enim 
peccat , diîent-ils , riiÇi quatenut fcit & intel- 
Itgit malitiam peccati, Car on ne pèche que 
quand on fçait & que l'on comprend que ce 
qu'on fait efi péché. Comme ils font les 
mêmes par tout , ils ont enfeigné la même 
doctrine dans leur Collège d'Aix en Pro- 
vence au mcis de Juillet 1686'. dans une 
Thefe , dont voicy les dernières paroles : 
Confcientia circa illiciîum intrepida excufat h 
peccato. 

Mais cdî dans la Thefe de Dijon qu'ils 
ont tiré de ce principe là tout ce qu'on 
en devoit tirer , en raifonnant confequem- 
ment 5 pour enfanter l'Herefie que l'on dé- 
nonce maintenant à l'Eglife. Et c'eit ce 
^ue nous avons à faire voir dans l'Article 
fuivant. 



du pèche fhilofophi que. i$ 



ARTICLE III. 

Que c'efi de la Doctrine des Je fuite s 9 
expliquée dans l'Article précèdent, que 
ceux de Dijon ont tiré la Nouvelle Hè- 
re fie que Von dénonce à l'Eglife, 

IL faut donner cette louange au Jefuite de 
Dijon, Auteur de la Thefe , que fa diftin- 
ction du péché en Philofophique , & Theçlogi- 
que , & ce qu'il dit de l'un & de l'autre , eft 
très- bien fondé dans la doctrine de la Compa- 
gnie , que nous avons expliquée dans l'Article 
précèdent. Car voicy comme il a démêlé cette 
matière mieux qu'aucun Jefuite n'avoit fait 
avant luy. Ce qu'on ne dit ni en devinant ni 
par conjecture , mais parce qu'on a entre les 
mains les écrits qu'il a dicté à fes Ecoliers, & 
qui contiennent les fondemens de fa Thefe. 

Il ett certain qu'une même action , comme 
celle d'un fils qui empoifonne fon pere pour 
avoir fon bien , eit contraire à la droite rai- 
fon , & qu'elle elt aufli défendue par la Loy de 
Dieu. Et on ne peut douter aufli que cet em- 
poifonnement d'un pere par fon fils ne foit 
un péché contre les bonnes mœurs , c'elt à dire • 
une action humaine qui rend blâmable & pu- 
niflabîe celuy qui la commet non feulement en 
tant qu'on la confidere par rapport à la Loy de 
Dieu qui l'a défendue } mais aufli quand on ne 
la regarde que comme contraire à la droite rai- 
fon. Car toutes les Nations de la terre ou qui 
ne connoifloient point Dieu,ou qui îgnoroienc 

B 2. que - 



2 Nouvelle Herefîe 

Art. UI. que Dieu eût rien commandé ou défendu aux 
hommes , n'ont pas laide de regarder une telle 
action comme un péché deteftable & digne des 
plus grands chatimens.il elt certain encore que 
cette action eft un péché, parce qu'elle eft con- 
traire à la Loy de Dieu. 

J'ay donc eu raifonde diftinguer deux Por- 
tes de péchez, d'app eller l'un Philojbphique , & 
l'autre Theologique >ïc de définir le Philofophi- 
*]ue , une aBion humaine contraire a ce qut con- 
vient à la droite raifon , (3* a+a nature ratfon- 
xable ; & le, Theologique , une libre (3 volon- 
taire tranfgrejfîon de la Loy de Dieu. 

On dira peut-être que cette diftinction eft inu- 
tile , ne pouvant y avoir de péché Philofophique, 
-qui ne foit aufîi Theologique. Parce qu'il n'y a 
point d'action humaine.contraire à la droiterai* 
ion, qui ne foit aufli défendue' par la loy de Dieu. 

C'ettje l'avoue, ce que doivent dire ceux qui 
enfeignent contre le fentiment commun de nos 
Théologiens , qu'une action humaine eft fuffi- 
famment volontaire à l'égard du péché, qu..nd 
elle eft volontaire voluntate facii quoiqu'elle 
ne le foit pas voluntate peccati , comme dit S. 
Auguftin : c'eît à dire qu'il fuffit de faire volon- 
tairement & avec advertence de raifon , ce qui 
de fa nature eft péché , quoique l'on ne fçache 
pas qu'il foit péché , ou que l'on n'y penfepas. 
Cariis doivent dire confequemment , qu'afin 
que l'action de ce meurtrier de fon pere puiffe 
erre wnpeché Theologique , c'eft à dire, une libie 
& volontaire tranf^refTion de la Loy de Dieu , 
il fufrît qu'il ait volontairement commis une 
action deteltable que Dieu a défendue, foit 
qu'il ait fçû eu qu'il n'ait pas fçû que Dieu l'a 
défendue. Mais il eft clair que nous devons 
«lire tQiiî le contraire en fuivant cette maxime 

reçue 



du, pcchc Philofophiqne. H 
reçue dans nos écoles : adpeccatum formate re- Ax.r, Ilk 
qtiiritur notifia malin a. Car que peut-on ré- 
pondre à ce: arguments 

Afin qu'un homme ait péché il ne fuffit pas 
qu'il ait fait volontairement une action qui de 
foy-méa-e elt un péché , mais il faut de plus 
qu'il ait fçû que c'eioit un péché. Afin donc 
aulli que ce meurtrier fou cenfé avoir oflfenfé 
Dieu en violant volontairement fa Loy , il ne 
fumt pas que le meurtre qu'il a commis ait efté 
défendu par la Loy de Dieu , il faut de plus 
cp'il ait connu cette défenfe,& qu'y ayant 
pjnfé avant que de le commettre , il n'ait pas 
lailledele commettre. Autrement on ne pour- 
ra pas dire , que ç'a efté une volontaire tr&nf- 
grcffion de la Loy de Dieu. 

Or ce qui elt un péché , & n'eft point un pé- 
ché Théologienne , cit feulement un péché Philo- 
fophique. Il peut donc y avoir des péchez très- 
•énormes, qui ne font point Theologiques , mais 
feulement Phïlofophiques. Et j'ay eu raifon de 
■remarquer que ce font tous les crimes, de quel- 
que nature qu'ils foient , & quelques execra- 
i bles qu'ils pui(Tent être , qui fe commettent 
! par ceux , ou qui ne connoilfent point Dieu, au 
: qui ne penfent point à Dieu en les commet- 
tant. Car comment pourroit-on penfer en com- 
■mettant quelque péché, qu'il a efté défendu par 
la Loy de Dieu , quand on ne connoît point 
Dieu , ou qu'on ne fçait point que Dieu ait 
rien défendu ou commandé aux hommes ? Et 
quand on ne feroit pas privé de tome con- 
voi/Tance de Dieu , fi néanmoins on n'y pen- 
ibit point, parce qu'on ne feroit occupé qu'à 
fatisfaire fa pa/Tion , ce qui eft tres-ordinaire , 
il eft vifible qu'on n'aurok pas aufli penfé à la 
defenfe qu'il auroit faite de commettre cette 

action. 



il Nouvelle Jferejte 

£ R r.tll. action. On n'auroit donc pu pécher que Philo- 

fophtquem.nt^ir la penfée ,]u'on uroit eue que 
ce que Ton fanbit,avoit quelque chofe de con- 
traire à la droite raifon : ce qui fe peut rencon- 
trer dans les perfonnes les plus aeltituées de la 
connorilance de Dieu , fans laquelle U n'y a 
point de pecbef Thsologtqnes 

11 eft vrai que les confequences que j'ay ti- 
rées delà pourront furprendie beaucoup de per- 
fonnes &c feandalifer des efpnts foibles & feru- 
pulcux ; mais on ne peut douter qu'elles ne 
îbyent vrayes , fuppofé la vérité de ce que je 
tiens d'établir conformément à la doctrine 
commune de nos écoles. 

La i. Eft que les peche^ Philofophiques^ c'eft 
à dire , tous les péchez que commettent ceux 
qui ne connoillent point Dieu , où ne penfent 
point actuellement à Dieu en les commettant, 
ne font point des offenfes de Deu : Peccxtum 
Philofophicum , quantumvis grave , in tllo qui 
*vel Veum ignorât , vel de Veo acïu non cogitât^ 
non eftoffenja Dei. Cela eft clair fuivant ce que 
je viens de dire. Car puifqu'une action humaine 
n'eft jamais péché ; quand on ne conncît pas 
qu'elle eft péché , il faut qu'une action humai- 
ne ne foit point une ofFenfe de Dieu, quand 
©n ne connoît pas que c'elfc une offenfe de Dieu. 
Or celuy qui ne connoît point Dieu , ou qui ne 
penfe point à Dieu en commettant quelque pé- 
ché , n'a pu cennoître en le commettant que ce 
fût une offenfe de Dieu. C'eft comme j'ay prou- 
vé cette confequence dans les écrits que j'ay 
dictés. Sicut aàus humantt* nunquam eft m** 
Imj^blatâ cognitione maints. ; fie nunquam eft 
fijftnfa Dei, fi non agnofatur ejfe offenfa Veï. 

La i. confequence eft, qu'un péché Pktloi 'ophi- 
4j»e n' eft pas un péché mortel qui rompe l'amitié 

de 



du péché fhilofophiqne. i$ 
de l'homme avec Dieu : non eft peccatum mor- A â. ï. Iff* 
taie diffblvens amicitiam Dei.- Car fuppofé 
qu'un homme ait eité fait ami de Dieu par le 
Bàtême qu'il auroitreçû avant l'âge de la rai- 
fon, il ne pourroit ceîfer d'être aimé de Diea 
qu'en ofFenfant Dieu. Or le pèche Philofophi- 
que ri efl point une ojf nfe de Dieu , comme on 
le vient de montrer. Il ne peut donc pas être 
un péché mortel qui fajfe perdre l'amitié de Dieu. 

La 3. confequence eft qu' un péché Phi lofofhi- 
que ( c'eft â dire tout péché , quelque grief qu'il 
puijfe être , commis par celuy qui ne connoitpoint 
Dieu, ou qui ne penje point actuellement a Dieu) 
ne mérite point une peine éternelle : non eft 
Aternâ pœnâ dignum^ Car ce qui fait qu'un/>*- 
ché mortel Theologique mérite une peine éter- 
nelle , etfc que Dieu , qui clt infiniment grand , 
eft grièvement offenfé par le péché mortel. Or 
celui qui ne connoît point Dieu , ou qui n'a 
point penfé actuellement à Dieu enfaifant une 
méchante action, n'ayant point offenfé Dieu , 
ne l'a point grièvement offenfé -, il n'a donc 
; point mérité par cette méchante action d'être 
éternellement puni. 

On fe trompe donc £ on s'imagine que les 
fornications , les adultères , les impudicitez les 
plus monftrueufes , les empoifonnemens , les 
affaffinats & les vengeances les plus cruelles , 
méritent toujours d'être punis par le feu éter- 
nel. de l'enfer , qu'ils foient toujours des offen- 
fes de Dieu , & faffent toujours décheoir de la 
grâce ceux qui feroient en grâce avant que de 
'-les commettre. Il faut diftinguer: fi ceux qui 
font ces méchantes actions ont fçû & ont pen- 
fé en les faifantque Dieu les afeverement dé- 
fendues, on ne peut nier qu'ils n'ayent offen- 
fé Dieu , qu'ils n'ayent mérité d'être éternelle- 
ment 



2.4 Nouvelle Herejïe 

An. t. m. ment punis, & qu'ils ne foient déchus de la 
grâce, s'ils y étoient auparavant. Mais s'ils 
n'ont point actuellement penfé à Dieu en com- 
mettant ces crimes , n'étant occupez que de 
l'objet de leur paiïion , ce qui e(l tres-ordinai- 
re^ou fi ce font des peiTonnes privées de la 
connoiîfance de D.eu ( comme l'ont efté une 
infinité de Païens dans l'un &c dans l'autre 
monde avant la .Prédication de l'Evangile ) 
leurs péchez alors n'étant que Fhilofopkiques , 
quelques griefs qu'ils puijfent être , ne font point 
offenfes de Dieu, iU ne méritent peint la peine 
éternelle , & ils »ne feroient point déchoir de 
l'état de grâce ceux qui yauuoient efté aupa- 
ravant. 



ARTICLE IV. 

Combien la DoSlrine des Je fui te s expli- 
pliquée dans l'article précèdent efi abo- 
minable & contraire à l Ecriture. De 
la I. Impiété' : cjuon ne commet 
que des peche^ Phtlofophiques , quand 
on ne connolt point Dieu* 

ON void afîez que ce que ie viens de dire 
dans l'article précèdent n'eft point une 
fimple confequence tirée de ce que j'ay fait 
■voir dans le premier avoir efté publiquement 
enfeigné par les lefuites de Dijon j mais que 
c'eft la propoficion même- de leur Thefe ré- 
duite à ion principe, prepofée avec plus d'é- 
tendue , & appliquée à des exemples particu- 
liers : ce qui n'y changeant rien , la rend feu- 



dn péché Thilofofhique] % 5 
kment plus claire 6c proportionnée à l'intel- Art. IV. 
ligence de toutes les perfonnes de bon feus. 
Et il n'en faut pas davantage , ce me femble, 
pour en faire avoir de l'horreur à tout le mon- 
de. Il ne fera point néanmoins inutile de faire 
voir combien l'Eglife eft obligée de reprimer 
l'audace de cette vaine Philofophie , qui ofe 
s'élever contre les oracles du S. Efprit. 

Toute l'Ecriture eft pleine de témoignages 
de la colère de Dieu contre les Peuples, qui 
ne le connoiflent point. Ce que David & Je- 
remie difent d'eux par forme d'imprécation : 
Efftmde iram tuam in gentes qu& te non no- Ie l^ 
verunt , & in régna qu& nomen tuum non I0 . Vt ,^ 
invocaverunt , n'eft que pour marquer com- . 
bien Dieu avoir fujet d'être offenfé des crimes 
de ces Nations infidèles. Ils les regardoient 
donc comme des outrages faits à fa fainteté Se 
à fa juftice. Car Dieu étant incapable de paf- 
fions humaines , ce que l'Ecriture appelle fa 
colère eft la règle de fa fagefle , qui ne peut 
laiiîer impunis les déreglemens des hommes , 
qui dégénèrent d'autant plus de la dignité de 
leur nature par la malice de leur volonté, qu'ils 
font dans une plus grande ignorance de Dieu 
& de fa Loy. 

C'eft ce que nous apprenons de S. Paul dans 
l'Epître aux Ephefiens, où il marque en divers 
endroits ce qu'on doit juger des Payens avant 
qu'ils euflent reçu la connoiffance de Dieu 
par la Prédication de l'Evangile : Souvenez - 
vous , leur dit-il, quêtant Gentils vous ri aviez, E P h: f- *« 
point de part art Mejfie , vous étiez entièrement ' * t% *" 
'féparez de la focieté d'ifra'él ; vous étie^étran- 
gers à l'égard des alliances divines , vous ri a- 
vie^potnt d' ejperance des biens promis, <& vous 
étiez fans Dieu en ce monde. Il décrit aufli plus 

C bas 



16 Nouvelle H ère fie 

Art. IV. bas ce que cette ignorance de Dieu produifoit 
Zpb.+. 17,18. ^ ans ces Gentils : le vous conjure par le Sei- 
gneur , de ne vivre plus comme les autres Na- 
tions qui fuivent dans leur conduite la vanité 
de leurs penfées , qui ont l'esprit plein de ténè- 
bres, qui font entièrement éloignez de la vie de 
Dieu à eau je de l'ignorance ou ils [ont , & de 
V aveuglement de leur cœur j qui ayant perdu 
tout remords <& tout fentiment , s abandonnent 
à la dijf&lution , pour fe plonger avec une ardeur 
infatiable en toutes fortes d'impuretez. Et pour 
montrer que les crimes de ces Pn\ens ne laif- 
foient pas d'être de véritables cfrenfes de D:eu, 
qui attiroient fa colère fur eux , quoy qu'ils ne 
le connurent pas -, voulant porter les Chré- 
tiens à ne point tomber dans les péchez qui 
excluent de l'héritage du Ciel , il leur repre- 

Ibid.j. s. fente que cefi pour ces cboj'es là que la colère de 
Dieu ejî tombée fur les incrédules. Propter h&c 
enhn venit ira Dei in filtoi dtffi.lenti&. 

L'Apôtre fe fert encore dans la 1. Epître aux 
fidellcs de Theflalonique de ce même exemple 
des Payens pour les détourner des péchez d'im- 

T.Thefî.4. pureté. Que chacun de vous , dit-il, Jfache pof- 
' feder le vaijfeau de Çon corps fainiement & hon- 
nêtement, & non peint en fuivant les mouve- 
mens de la concupifcence , comme les Tayens, qui 
ne reconnoifent point Dieu. Ayant donc tou- 
jours confideré les Gentils comme n'ayant 
point connu Dieu , fictif gentes qu& ignorant 
Deum , il ne lailîe pas de dire généralement 
dans l'Epître aux Romains , que les crimes 
qu'ils auront commis feront punis de Dieu de 
la même peine que ceux des Juifs , à qui il s'é- 
toit fait connoîtie -, c'eft à dire , de la damna- 

7?a». 2 . 9 . tion éternelle. Vajfïicïwn & le de ('espoir acca- 
blera famé de tout homme qui fait le mal ; pre- 

tnie- 



du pechê Vhilofophiqae. 27 

tnierement du luif , & puis du Gentil Art. IV. 

Et ainji tous ceux qui ont péché fans la Loy , fe~ Lb.v.it* 
vont jugez, par la Loy. C'cft donc une hereiie 
manifeste de foûtenir, comme font les Téfuitès 
à la face de l'Eglifc, que quelques péchez que 
comnettent en luivant leurs pallions ou d'im- 
pureté ou de vengeance, ou d'avarice ceux qui 
ne connoiffent point Dieu , ce ne font que des 
péchez Vhilofophiques qui ne font point ojfenfes 
de Dieu & ne méritent la peine éternelle. Qu^E 
non funt offenfr Dei , nec merentur pœnam 
&ter7iam. 

Cette même erreur fi favorable aux Athées , 
n'eft pas condamnée moins expreiTément par la 
bouche de Jésus-Christ dans l'Evangile. Il 
y parle en deux endroits du Jugement gênerai 
qui décidera de l'un ou de l'autre des deux 
états , où demeureront tous les hommes pen- 
•dant toute l'éternité , feîon qu'ils auront faic 
de bonnes ou de méchantes aérions. Il elt die 
dans l'un : Le tems viendra que totzs ceux qui j, nn , 
font dans les fepulchres entendront la voix du u- zt. 
Fils de Dieu ; & ceux qui ont fait de bonnes 
œuvres en fortiront pour rejfufciter a la vie , 
comme Ceux qui en auront fait de mau vaifes en- 
fortiront pour rejfufciter à leur condamnation. 
Or il nous marque dans l'autre endroit quelle 
fera cette condamnation : car après avoir die 
que toute? lesNations de la rerre étant aflem- 
blces devant lui , il.feparera les uns d'avec les 
autres , & il mettra les brebis à fa droite, <& les 7/f 
boucs à fa gauche : Il conclut par ces paroles : ■ * * s s ~ 
Ettbunthi in fupplicium aternum , juJH autem iïid,v.4*: 
in vitam &ter»a?n. Ceux-cy ( C'eft à dire ceux 
■qu'il aura mis à fa gauche ) iront dans Le jutpli~ 
u éternel, & les lu fies, qu'il aura uns à fa droite, 
dans la Vie éternelle. 

D 1 Que 



2.3 Nouvelle Herefie 

A*r. IV. Que pouvez-vous dire a ce!a,mes Révérend* 
Pères , qui avez fouffert qu'on ait enfeigné à 
Dijon cette abominable doétrine , que ceux 
qui ne connoiflent point Dieu , ne commet- 
tent que des peche^ Fhilofophiques qui ne mé- 
ritent peint de peine éternelle ? Vous ne pouvez 
nier ce que nous allure S, Paul-, qu'avant l'a- 
vènement de Jesus-Christ Dieu avoit lailTé 
marcher toutes les Nations dans leurs voyes , 
n'ayant donné qu'à un feul Peuple la connoif- 
fance de Ton Nom & de fa Loy : ce qui fait di- 
?f.7S<i. re au Prophète Roy , que Dieu étoit connu 
dans ifra'él : notus in lud&a Deus ; mais qu'il 
Vf- '47« S- n avoit pas fait la même grâce aux autres Na- 
tions , & ne leur avoit pas fait connaître fes 
lu-gcmcns : Non fecit taliter omni nationi , 
ju d'ici a fua non manifeftavit cis. Il en cft de 
même depuis l'avènement du Sauveur à l'égard 
de tant de vaftes Païs , où il n'a efté prêché 
que depuis deux Siècles, & de tant d'autres où 
il ne l'a point encore efté. Où mettrez-vous 
donc cette infinité de perfonnes , qui, n'ayant 
point connu Dieu , ont commis beaucoup de 
péchez , & fouvent tres-énormes , que vôtre 
nouvelle Théologie prétend n'avoir elté que 
Thilofophiques ? Seront-ils de ceux que fisus- 
Christ dit , qui fortiront de leurs tembeaux 
loan-j-tp. ™ Refurrefîionem vits. ; ou de ceux qui en for- 
tiront in Refurreclionem judicii ? Il faut qu'ils 
foient des uns ou des autres. Car c'eft le par- 
tage que |esus-Christ nous afliire qu'il fera 
de tous les hommes , lorfqu'il les fera tous for- 
tir de leurs lepulchres pour les faire compa- 
roître devant lui au Jugement dernier. De 
quelque côté que vous les placiez , vous ne 
fçauriez éviter d'être condamnez d'impiété ; 
ou en mettant à la droite de Jesus-Chrisï 

par- 



du péché Thilofophicjue. 29 
par'my le? Juftes qui doivent joiiir de la Vie Am.1V- 
éternelle , toutes fortes de feelerats ; fornica- 
tcurs , adultères , abominables , empoifon- 
neurs , aflaflins , pourveu qu'ils n'aient point 
connu Dieu : tels qu'ont «lté certainement les 
Caligula , les Nerons , les Domiciens ■ les He- 
liogabales , & femblables monftres en impu- 
reté & en cruauté -, ou en prétendant que quoy 
qu'ils ne puiifent être mis qu'à la gauche de 
Jesus-Christ parmy ceux qui ont fait beau- 
coup de mal , n'ayant péché néanmoins que 
contre la droite raifon , & non contre la Loy 
de Dieu qu'ils n'ont pas connue' , ils ne pour- 
roient qu'injultement être envoyez en Enfer, 
pour y être punis d'un fupplice éternel , quoy 
que Jesus-Chrtst y condamne exprelfément 
tous ceux que leurs péchez auroient fait met- 
tre à fa gauche au rang des boucs : Et ibunthi Math.îj.^ 
in fupplicium Aternum. 

Nous voyons dans l'Apecalypfe la damna- 
tion des médians reprefentëe fous l'image 
d'un étang de feu & de foulphre , qui elt ap- 
pellé leur féconde mort : & Dieu remarque 
en ces termes ceux qui y feront jettez , après 
avoir parlé de la recompenfe des bons : Celui ^ipoc.n. 
qui fera victorieux fojfedera toutes ces chofes, 7 - s ' 
& je feray [on Dieu , & il fera mon fils. Mais- 
four ce qui efl des timides & des incrédules , des 
abominables & des homicides , des fornicateurs, 
des empoifonneurs , des idolâtres , & de tottf les 
menteurs , leur partage fera dans V étangbrû- 
lant de feu & de foulphre , qui eft la féconde 
mort. On doit entendre par les timides ceux 
v qui manquent à leur devoir par la crainte des 
maux temporels -, & par les, menteurs , les s 
trompeurs & les par jures ; & par les abomina- 
bles , ceux que S, Paul marque à la fin du ver- 

C 3 fet 



30 Nouvelle Herejic -j 

Art. IV. fet 9. félon le Grec du ch. 6. de la h aux Co- 
rinthiens, & contre qui il parle avec tant de 
force dans le 1. chapitre de l'Epître aux Ro- 
mains. -Or rien n'étoit plus commun parmy 
les Paycns que ces abominations , aufii bien 
que les fornications , les adultères , & les au- 
tres péchez d'impureté. Puis donc que le mê- 
me S. Paul nous allure qu'ils ne connoifTent 
*3Thtff.4*Sx point Dieu , fient gentts qu& ignorant Deum t 
Se qu'il n'eft pas moins certain qu'ils n'a- 
voienr aucune connoilfance d'une Loy de Dieu 
qui eût défendu ces crimes , d'eu vient que 
Jtm.g.ii. S. Paul dit d'eux j qui fine Itge peccaverant , 
fine lege peribunt ? Il faut que les Je fuites pré- 
tendent , en fuivant la nouvelle découverte de 
leurs Théologiens de Dijon , que quaud Dieu 
dit dans l'Apocalypfe , que les fornicateurs , 
les abominables , les homicides , les empoison- 
neurs , & le :tfte , feront jettez, dans l'étang 
brûlant de feu & de fculphre , qui efi la fécon- 
de mort , il en faut excepter une infinité de 
Payens & d'autres Athées qui ont pu être tout 
cela , fans pouvoir être avec jultice jettezdans 
cet étang de feu ; parce que leurs péchez 
n'ayant elté que Vbilofophïques , n'ont point 
mérité la féconde mort , qui c-t la damnation 
éternelle. 

Un exemple iîluflre fera fentir aux plus en- 
dormis ce qu'on doit juger de cette doctrine. 
Quand Néron faifoit empoifonner le fiis de 
fon peue adoptif , qu'il faifoit noyer fa mère, 
qu'il condamnoit à la mort les plus honnêtes 
gens du Sénat , qu'il deshonoroit la nature en 
contractant publiquement un mariage abomi- 
nable , qu'il brûjoit une grande partie de Rome 
pour reprefenter plus au naturel la prife de 
Troye , & qu'il attribuoit cet incendie aux 

Chré- 



du pèche Vhilofophicjue, } i 

Chrétiens pour alîouvir fa cruauté par leurs Ax\t. IV. 
fupplices , ce feroit une folie de s'imaginer 
qu'il eût commis ces crimes en penfant actuel- 
bernent à Dieu qu'il ne connoilîbit point. Et 
par confequent felou cette nouvelle doctrine 
des Profefleurs en Théologie de la Compagnie 
de Jefus , tous ces péchez n'auront cfté que 
Thilofophiques , pour lefqueîs il n'aura point 
mérité d'être damné. On peut même douter, 
félon ces Pères , s'il cft en Enfer ; puis qu'ap- 
paremment il n'en a jamais commis d'autres. 
Y eut-il jamais occaiion où on pût mieux ap- 
pliquer ces paroles d'un ancien Père : Sentent'ms Hier, epift. 
'vefir^ prodidïjfe , fuperaffe eft. Patet prima a <* C te fî* 
fronte bh/phemia. Non neceffe babet convmci t ilonP * 
qttoà fuâ ftatim profejftone bla&hemum eft. 



ARTICLE V. 

De la II. Impiété'. ^j£cn ne commet 
que des peche^ Philofophiques , lors 
cjuon ne penfe point: actuellement -à 
Dieu. 

NOus n'avons encore examiné que le pre- 
mier membre de la proportion capitale 
de la Thefe des Jefuites , qui eft que ceux qui 
ignorent Dieu ne'font point capables de com- 
mettre des peche^Theologiques qui les puitfent 
damner j mais feulement des Philofopbiques qui 
ne mentent point de peine éternelle. 

II nous refte à examiner le fécond membre , 
qui eft que ceux mêmes qui connoîrront Dieu, 
ne commettent point de pe'cbe^Tbeologiques 
capables de les damner, fi en faifant quelque 

C 4 mau- 



$1 Nouvelle Here fie 

Akt. V. mauvaife action ils ne penfent actuellemem a 
Dieu. Car fi on en croit cette Thefe , quelque 
contraire qu'un péché puiile être à la nature Se 
à la droite raifon , parricide, incefte , beftiali- 
té , &c. il ne peut être que Philofophique , non 
feulement quand il eft commis par celui qui ne 
connoitpas Dieu , qui Deum ignorât, ( c'eit le 
premier membre ) mais aufli lorfque celui qui 
le commet ne penfe point actuellement a Dieu , 
qui de Deo aclu non cogitât ; c'eft le fécond. 

Ce dernier va bien plus loin que It premier, 
fur tout à l'égard de ceux qui vivent parmi 
les Chrétiens ,& qui le font par le Bàteme. 
Car il y en a peu qui foient entièrement privez 
de la connoifîance de Dieu h mais il y en a bien 
plus dans la corruption de ces derniers fecles, 
qui n'ayant eu qu'une méchante éducation, qui 
n'a mis ni dans leur efpnt , ni dans leur cœur 
aucun lentiment de pieté , n'ont garde de pen- 
fer actuellement à Dieu dans les péchez qu'ils 
commettent pour fatisfaire leur pstlion domi- 
nante, ou d'ambition , ou d'avarice, ou de vo- 
luptez criminelles : puis qu'on peut dire au 
contraire qu'une des plus grandes fources de 
leurs defordres cil L'oubli de Dieu , & l'habitu- 
de qu'ils ont contractée de n'y point penfer,ne 
fe conduifanr comme les bêtes, que par ce qui 
frappe leurs fens. 

On en peut juger par ce que l'Ecriture dit 
des Ifraëlites. 11 y en avoit peu qui ne connuf- 
fentDien, l'Idolâtrie même , lors qu'ils y 
étoient le plus plongez , n'eftaçoit pas entiè- 
rement en eux la connoiffance du vrai Dieu , 
mais les portoit à en adorer d'autres. Cepen- 
dant un des principaux caractères que David 
donne desméchans qui fe trouvoient parmi ce 
peuple , eft qu'ils oublioient Dieu, qu'ils n'y 

pen- 



du pechc Philofophicjue. 35 
pcnfoicnt point , & c'cft; à cet oubly , & à ce Arï. V. 
défaut de penfer à Dieu qu'il attribue la corru- 
ption de leur vie : le méchant , dit-il , aigrit pj\ 
le Seigneur. La grandeur de fa colère fera qu'il 
ne s'en mettra pas en peine. Le fouvenir de 
Dieu efi banni de toutes fes penfées [ non efi 
Dcus in confpsctu ejus ) fes voyes font fouillées 
en tous tems. Vos jugemcns font effacés de devant 
fes yeux. C'elt à dire qu'il n'y penfe point, Se 
n'y fait point de reflexion. Mais ce faint Pro- 
phète croit-il , que ces oublis de Dieu mettent 
de tels pécheurs à couvert de fa colère, com- 
me s'ils ne l'offenfoient point, parce qu'ils pè- 
chent fans penfer à luy ? Il témoigne bien le 
contraire, lorfque dans un autre Pfeaume après 
leur avoir reprefenté les reproches que Dieu 
leur fera dans le Jugement : Entendez, cecy, Pf.^.zi* 
leur dit-il , vous qui oubliez, Dieu, de peurr qu'il 
ne vous entraîne au fupplice , & que perfonne m 
vous puijfe arracher de fes mains. 

Voicy un exemple de deux infignes pécheurs 
■d'entre ce peuple. On ne peut gueres s'imagi- 
ner de crime plus noir ni plus honteux que ce- 
lui des deux Vieillards qui voulurent corrom- 
pre la chaire Sufannc , en la menaçant de la 
faire mourir comme une adultère , fi elle ne 
confentoit à leurs infâmes defirs. Cependant 
fi on s'en rapporte à cette nouvelle opinion 
des Jefuites , leur crime n'aura efté qu'un 
ché phHofophique , qui n'aura point mérité l'En- 
fer. Car l'Ecriture marque exprelfément , 
qu 'ayant conçu une ardente pajfion pour elle, t>an. 
leur eïprit fut perverty , <& ils détournèrent 9* 
leurs yeux pour ne point voir le Ciel, & pour 
ne fe point fouvenir des juftes Iugemens de Dieu. 
C'eft la diïpofition oi* ils étoient , lorfquils étoient 
attentifs à obferver le tems oh ils pourroient 

trou- 



34 Nouvelle Herejîe 

Akt. V. trouver Sitfanne feule. Il elb donc cent fois 
plus probable qu'ils ne penferent point a Dieu, 
quand ayant trouvé l'occa/ion qu'ils cher- 
choient , ils la prêtèrent de fe rendre à leur 
defïr. 

On ne peut douter qu'il n'en Toit de même 
d'Amnon lcifqu'il viola fa feeur ; & d'un des 
enfans de Juda , lorfqu'il faifoit ce que l'E- 
fen.jt io t criture appelle une ckofe detefiable ; &. de ces 
brutaux de la Tribu de Benjamin, dont l'hiftoire 
elt rapportée à la fin du Livre des "Juges. 

On ne peut aufli douter que la~méme chofe 
n'arrive à un grand nombre de Chrétiens , qui 
quoy qu'ils n'ayent pas perdu toute connoif- 
fance de Dieu , vivent dans une telle négligen- 
ce des chofes de leur falut , qu'il n'y en a gue- 
res quine puffent jurer qu'ils n'ont point ce re- 
mis de péchez mortels qui méritent la dam- 
nation , fi pour en commettre il eft neceilai- 
re de penfer actuellement à, Dieu en les com- 
mettant. 

C'eft donc un paradoxe tout à fait impie de 
vouloir qu'un nombre prodigieux de méchans 
Chrétiens qui commettent tous les jours beau- 
coup de fort grands péchez fans penfer à Dieu, 
en fuivant leurs palhons ou leurs mr.uvaifes 
habitudes , tirent un fi grand avantage de s'ê- 
tre accoutumez à oublier Dieu , & à n'y point 
penfer : ou que leurs crimes , quelques fre- 
quens & énormes qu'ils puiffent être , ne font 
que des péchez, Fhilofophiques , dont Dieu n eft 
point offnfé , & qui ne méritent peint la damna- 
tion éternelle. 

Mais fi on fait une attention particulière aux 
péchez d'omiffion , ortavoiiera, pour peu qu'on 
ait de bonne foy , que félon cette nouvelle 
Théologie du péché Bhtlofophique , il eft rare 

qu'ils 



du péché Philofophiqtte. 35 
qu'ils puiflent damner les gens du monde, otioy A n t. 
cjut leur \>ie en foit toute pleine. Car bien 
loin c]iie ceux qui manquent à leurs principaux 
devoirs le fallent en penfant que Dieu les j 
oblige , qu'au contraire ils n'y manquent or- 
dinairement que parce qu'ils n'y penfent point. 
Il y a, par exemple , des riches avares, qui en dix 
ans ne feront pas une aumône considérable, qui 
ne contribueront pas à faire fubfïfter une feule 
' pauvre famille , ou à tirer de mifere de pauvres 
orphelins , des malades , des prifonniers. Il 
faut renoncer à l'Evangile , ou reconnoître 
qu'il n'en faut pas davantage pour attirer fur 
eux cette terrible Sentence : Difcedite à me Matk 
maledicii in ignem Aternum : Retirez-vous de 
moy maudits , & allez au feu éternel. Mais les 
Jeïuites de Dijon & leurs Confrères qui ne 
trouvent point à redire à leur doctrine , leur 
foumiiTent dequoy appeller de cette Sentence. 
Car ilne feroit pas juiie , pourront-ils dire , de 
nous envoyer au feu éternel pour des péchez 
qui ne méritent -peu de peine éternelle. Or vous 
fçavez , Seigneur , que quand nous avons man- 
qué à vous rendre ces affiftances en la perfonne 
des pauvres ; à donner à manger à ceux qui 
avoient faim , & à boire à ceux qui avoient foif, 
à vêtir & à loger ceux qui avoient befoin 
d'habit ou de logement, à vifiter les malades 
& les prifonniers , nous n'y avons pas manqué 
en penfant à vous , mais par une grande atta- 
che à nôtre bien , qui a efté caufe que nous n'a- 
vons penfé qu'à nous enrichir. Nous avouons 
qu'en ce!a nous avons péché , mais nôtre pé- 
ché n'étant que Fkilojophique , ne mérite pas 
une peine éternelle. 

Il faut de plus confiderer, qu'on peut ren- 
fer actuellement à Dieu , en faifant quelque 

aclion, 



\G Nouvelle H ère fie 

Art. V. action, en deux manières : ou en penfarît 
qu'elle lui déplaît, & qu'il Ta défendue' ; ou 
en penfant feulement qu'elle regarde Dieu , 
mais en croyant fi peu qu'il en fera offenfé, 
qu'on croit au contraire qu'elle lui eft agréa- 
ble. Or ce n'eft pas la féconde de ces deux 
manières de penfer à Dieu , qui peut faire que 
cette action foit un péché Thtologique tel qu'il 
eft définy dans laThefe de Dijon : Tranfgreffto 
libéra divine legis. Cela eft clair par le raifoiv- 
nement de l'Auteur de cette Thefe , que j'ay 
déjà rapporté: Stcut aclus bumanvA nunquam 
eft malm [me cognitione maliti& • fie nunquam 
eft ojfenfa Dei , fi non agnofeatur effe offtnfa Dei. 
Car celui qui ne penfe actuellement à Dieu en 
faifant quelque aétion , qu'en croyant qu'elle 
lui fera agréable , ou en ne penfant point du 
tout qu'elle lui fera defagreable , ne connoît 
point en la faifant que Dieu en fera offensé. 
Elle ne peut donc point être offenfe_ de Dieu 
dans la nouvelle Théologie du pèche Fhilofo- 
phique. Or voicy ce qui s'enfuit de là. 

i. Tesus-Christ dit à fes Apôtres , que les 
Um.iS'I, J u ^ s l es chœjferoùnt ^ e leurs Synagogues , &C 
qu'ils croiroient tom en les faifant mourir i 
faire un facrifice agréable à Dieu. Ils n'auvoient 
donc commis en cela , félon ces nouveaux 
Docteurs , que des peche^ Philo fophiques , 
dont Dieu n'auroit point efté offenfé , Se pour 
lefouels ils n'auroient pu être damnez avec 
juftice. Or c'eft ce que l'on ne peut dire fans 
kerefîe ; parce que rien n'eft plus contraire au 
jugement qu'en porte S. Paul ^ ans fa première 
Epure aux fidèles de TheiTalonique : Vous 
l §£*•' avez f ou ff ert ' > l eur dit-il , les mêmes perfecu- 
ttons d e U p ar t de vos Concitoyens , que ces 
Eglifes ont fouffert es de la part des luifs , qui 

ont 



dn pèche fhilofofhique. 37 
.Wt tué même le Seigneur Jésus, & leurs Pro- À* t. V. 
phetes , qui nous ont perfecute^- y qui ne plaifent 
point à Dieu , & font ennemis de tous les hom- 
mes : qui nous empêchent d'annoncer aux Gen- 
tils la parole qui les doit fauver , pour combler 
ainfi la mcfure de leurs péchez,. Car la colère 
(U Dieu eft tombée fur eux pour les accabler juf- , 
que s à la fin. 

1. On peut juger encore quel péché ç'a efté 
aux Juifs de perfecuter les Prédicateurs de l'E- 
vangile , quoy qu'ils s'imaginafTent ne rien 
faire en cela que de fort agréable à Dieu , en- 
joignant ce qui elt dit fur cela dans les Actes, 
avec ce qui en avoit elté dit dans l'Evangile. 
L% parole de Dieu, dit S. Luc dans les Aétes, ^Sf.rg 
fe répandoit dans tous ces ¥ aïs-la. Mais les 50.//. 
Juif» ayant animé des femmes dévotes & de 
qualité , & les principaux de la Ville , excitè- 
rent une perfecution contre Paul & Barnabe, 
& les chafferent de leur Vais. Alors Paul (3* 
Barnabé fecouerent contr eux la poujfitre de 
leurs piedi & vinrent à Icône. Ce que S. Luc 
-a remarqué de ces femmes dévotes , mulieres 
religiofas > nous fait allez entendre , que cette 
perfecution n'avoit efté excitée par ces Juifs* 
contre les Apôtres que par un zele de Reli- 
gion , & qu'ainfi ils voyoient accomplir ce que 
Jesus-Christ leur avoit prédit , que ceux qui 
les perfecuteroient croiroient faire une chofe jcan.ig.». 
agréable à Dieu. Voyons donc Ci Jesus- 
Christ nous a fait entendre qu'ils ne fe- 
roient en cela que des pecheT^ Philo fophiques, 
dont Dieu ne feroit point ofîenfé. Ion , dit-il, Ma th 10. 
» que quelqu'un ne voudra pas vow recevoir , ni & Lut 9% 
écouter vos paroles î en for tant de cette maifon, 
ou de cette Ville, fecoiiez la poujfiere de vos pieds. 
I U vous dis en vérité, qu'au jour du Jugement^ 

Sodo- 



3 S Nouvelle Herejîe 

À xx. V. Sodome & Gomorrhe feront traitées moins ri- 
goureufimcnt que cette Ville-là. Eft-ce que les 
Jefuites prétendront que les habitans cie So- 
dome & de Gomorrhe n'ont point fait au AI 
de péchez Théo logiques qui ayent mente l'En- 
fer ? 

3. Saint Paul dit deux chofes de lui-même : 
r.Tim.1.12. l'une qu'il a elté un blasphémateur , un perfe- 

, cuteur & un outrageux ennemy de l'Eglife de 
Gal.i./j. Jesus-Christ : qu'il l'avoit persécutée avec 
un excès de fureur : qu'il avoit mi* en prifon 
pi;. futurs des Saints , en ayant reçu le pouvoir 
des Princes des Prêtres ; que lors qu'on les fai- 
foit mourir il y avoit donné fin conftntement : 
qu'il les tourmentait pour Us faire blaïphcmer ; 
& qu' étant transporté de fureur contreux , il 
les perfecutoit jufques dans les Villes étrangères. 
Gal.i'ij- L'autre chofe qu'il dit , eft que c'etoit un zele 
déme fur é pour la tradition de fis Pères, qui lui 
avoit fait ravager l'Eglife de Dieu ; & qu'a- 
~*Ait.26.$. vaiît converfion il n'y avoit rien qu'il ne 
crût devoir faire contre le Nom de "ftsus de 
Nazareth. Il faut donc que les Jef lires pré- 
tendent que S. Paul s'ell bien trompé , n'ayant 
pas connu que fes péchez qu'il a tant exagé- 
rez , & dont il nous a donné une fi terrible 
idée , ou n'étoient rien , ou étoient fort peu 
de chofe , parce qu'ayant crû ne rien faire de 
defagreable à Dieu , ou il n'avoir point péché, 
ou il n'avoit péché que Philo fophiquerntnt : & 
ainfï n'avoit point offenfe'Dicu. 

4. Quand les Hérétiques fe font révoltez 
tant de fois contre leurs Souverains légitimes , 
qu'ils ont fait des Livres damnables pour julti- 
fier ces révoltes , qu'ils ont defolé _ les Royau- 
mes par tant de guerres fanglanres , ruiné tant 
d'Eglifes , brûlé "tant de corps de Saints , fait 

mou- 



dti pech: Philofophicjue. 39 
mourir tant de Religieux & de Prêtres par des ^ Kr y t 
cruautez barbares j comme ils ont fait tout 
cela pour foûcenir leur Religion , ils n'ont 
pas penfé en le faifant qu'ils orfenfoient Dieu -, 
& par donfequent ils ne l'ont point offenfé. 
C'cll ce qui eit non feulement une conséquence, 
mais le dogme même publiquement loûtenu par 
les Jefuitcs de Di jon. 

5. Voicy qui et encore plus étrange N , mais 
qui n'eft pas moins certain. C'eft que les 
Athées n'offenfent point Dieu , quand ils 
croyent qu'il n'y a point de Dieu , qu'ils le 
fôûtiennent & qu'ils l'enfeignent. Ainu* au lieu 
que le Prophète Roy après avoir dit : Dixif . 
infipiens in corde fuo : non eft Veus : ajoute, ■' S' 
comme une fuite inévitable de ce comble d'im- 
piété : Corrupti fitnt <& abominabiles facîi font 
in jtydiis fuis ; les Jefuites en doivent tirer 
une confequence toute oppofée. Car ce feroit 
une exagération outrée d'appeller fouveraine- 
ment corrompus & abominables ceux qui n'of- 
fenfent point Dieu, & qui ne peuvent com- 
mettre que des péchez véniels , qui ne méri- 
tent point la damnation. Or c'eit ce qu'on 
doit dire des Athées félon la doctrine de cette 
The(e , lors même qu'on les peut convaincre 
d'enfeigner rAtheïfme , comme l'on dit qu'un 
Gentilhomme de Pologne en a elté convaincu 
depuis peu de tems , & condamné à la mort, 
quoy qu'il eût reconnu Se abjuré fon impieté. 
Car il y a contradiction qu'un homme perfua- 
dé qu'il n'y a point de Dieu , ait crû orfenfer 
Dieu en enfeignant qu'il n'y en a point. Voilà 
lîonc à quoy conduit ce Paradoxe auffi impie 
({..'extravagant : Actus hum anus nunqusim eft 
effenfa Dei , fi non agnofeatur ejfe offenfa Dei : 
Quon noffenfe point Dieu fi on ne croit point 



4<5 Nouvelle H ère fit 

**t.V. l'of enfer ; à vouloir que les plus infenfez de 
tous tes Athées n'offenfent pas Dieu en dé- 
truifant autant qu'il eften eux la divinité, non 
Pf. \j. i. Seulement lorfqu'ils difent dans leur cœur ; il 
ri y a point de Dieu , mais lors même qu'ils 
l'enfeignent ^ qu'ils le foutiennent , qu'ils le 
mettent par écrit, 



ARTICLE VI. 

Réflexion particulière fur ce que les fe- 
fuites dtfent , que les péchez, Phtlofo- 
phiques ne font point des péchez, mor- 
tels qui fajfent perdre à l homme la qua* 
lite d'ami de t)ieu. 

UNe des chofes les plus importantes pour 
bien expliquer la Morale Chrétienne , 
la diftinction des péchez en mortels & vé- 
niels. 

On appelle mortels ceux qui font de telle 
nature qu'ils rendent dignes du feu éternel 
tous ceux qui en font coupables , & qui étant 
commis par un homme jufte & enfant de Dieu 
le font déchoir de cet état, & comme dit S. Au- 
gultin, qui tuent l'ame d'un feul coup, en la pri- 
vant de la véritable vie, qui eft l'habitation du 
S. Efprit dans le cœur. 

On appelle au contraire péchez véniels, ceux 
qui ne font à l'ame que de plus légères playes, 
qui ne damnent pas ceux qui n'en auroienr-' 
commis que de cette forte , & qui ne chalfent 
pas le S. Efprit d'une ame en qui il habite par , 
Ja grâce fan&ifïantc. 



dft péché Philofophi que. 41 
C'aefté une grands erreur aux Calviniitesde vî. 
nier cette diftinction , ou de l'expliquer d'une 
manière trcs-indignc de la fainteté du Chri- 
ltianifme. Ils prétendent que tous les péchez 
font mortels de leur nature , & qu'ils méri- 
tent tous l'Enfer , mais qu'ils font tous véniels 
pour ceux qui ont elté jultifïez par une véri- 
table foy , parce que Dieu ne les leur impute 
point , & qu'ils ne les font point déchoir de 
l'état de la juftifîcation. 

11 femble qu'on auroit grand toi*t de ne pas 
avouer que les Jefuites de Dijon ont reconnu 
la diftinction des péchez mortels & véniels , 
comme tous les autres Théologiens Catholi- 
ques , & qu'ils n'ont rien fur cela de commua 
avec les Calviniltes. Car la cinquième Pofi- 
tion de leur Thefe coniiderée toute feule eli 
tout-à-fait Orthodoxe. Dantur peccata morta- 
lia <& venialia , qn&non folhm ex conditions 
peccantis , vel folâ Dei voluntctte , ut volunt 
Lutherus & Calvwm , fed etiam ex n Mur A rei 
differunt. Mort aie autem in hoc difinguitur 
pr&cipne à veniali, quod mortale ex natura fuA 
eft notahilk recejfm à ratione & Uge Dei , gra- 
vis Dei ojfenfa , diffoivens amicltiam divinatn\ 
non vero veniale. Mais en joignant cette cin- 
quième Pofition à la première , il elt aifé de 
voir qu'il n'y a rien de plus monitrueux , que 
l'idée qu'ils ont du péché véniel & du péché 
mortel, & que leur doctrine fur cela fait en- 
core un plus grand ravage dans la Morale 
Chrétienne que celle de Calvin. Car par la 
cinquième Pofition tous les péchez font ou 
mortels ou véniels. Or par la première, tous les 
feche\Vhilofophiques , c'eft à dire , tous les pé- 
chez que commettent ceux qui ne conneijfcnt 
point DiettyOU qui pèchent fans p enfer aftneUe~ 

D ment 



41 Nouvelle Herefie 

A R t. Vi. m en t à Dieu , ne font point des peche^ mortels, 
parce quV/j ne font point de grieves cjfe?jfes qui 
rendent l'homme ennemi de Dieu. Ce font les 
propres termes de cette première Pofitien 
conformes à ceux de la cinquième. Veccatum 
Thilofophicum quantumvis grave, non efl ojj en- 
fa Dei, nec peccatum mort aïe dijfohens amici- 
tiam T>ei,neque meretur pœnam &tcrnam.Donc 
ces péchez, Thilojophiques de quelque nature 
qu'ils foient , & quoi qu'entièrement confem- 
mez , fornications , adultères, incelles , péchez 
contre nature, empoifonr.emens, alkflinats , 
ne feront que des péchez véniels , qui ne font 
point mériter de ptine éternelle à ceux qui en 
font coupables. 

Voicy donc en quoy différent fur ce fujet 
les Calviniifces , & les Jefuites qui approuvent 
cette nouvelle Théologie du péché Philofo - 
phique. Demandez aux uns & aux autres ce 
qu'ils croyent de l'adultère de David , & des 
inceltes de Caligula. Les Calviniites vous di- 
ront que l'adultère de David, quoique mortel 
de fa nature, n'a efté que véniel à l'égard de 
ce Roy , parce qu'il ne l'a point fait déchoir de 
l'état de la juftification , comme le Synode de 
Dordrecht Ta décidé. Mais que pour les ince- 
ftes de Caligula , on ne peut douter que ce 
n'ayent efté des péchez mortels, & tres-mor- 
tels, &: qu'ils ne luy ayent fait mériter d'être 
éternellement damné. La reponfe des Jefui- 
tes fera toute oppofee à celle-là. Car ils avoue- 
ront que l'adultère de David a efté un péché 
mortel, & une griése ofFenfe de Dieu , qui 
avoit fait déchoir ce Prince de l'état de la grâ- 
ce , dans lequel il n'a pu être rétabli que rar 
une ferieufe pénitence , parce qu'il connoiitbit 
Dieu, §c qu'il y a de l'apparence qu'il n'a pas 

# com- 



da pèche Philofofhique. 43 
commis ce péché fans avoir quelque penlce Art, VI. 
de Dieu , que fa paiiion luy aura fait étouffer. 
Mais que pour les mceftes de Caligula, com- 
me c écoit un impie qui ne connoillbic point 
Dieu , ce n'ont cité que des péchez véniels, qui 
ne luy ont point fait mériter l'Enfer. Peut-on 
jouter que cette dernière réponfe , que la 
Nouvel e Théologie des Jefuitcs oblige de'fai- " 
re , ne Cbit incomparablement plus méchante 
que ce:.e des Calyiniftes ? 

Ces opinions extravagantes ne peuvent être 
phieux refutées qu'en les appliquant à des 
exemples qui en font voir tout d'un coup 
l'impiété. Nous en venons d'apporter un : 
continuons à en apporter quelques autres. 

1. Prefque tous les Chrétiens étant prefen- 
tement jultifiez par le Bâtême qu'ils reçoivent 
dans l'enfance , luppofons qu'il y en ait, com- 
me il n'y en a que trop , qui de leur bas âge 
foient élevez pa: des impies, qui foient bien- 
aifes de les rendre au Ai impies qu'eux , parce 
que cela feroit avantageux pour les méchans 
deflems qu'ils auroient , comme li c'étoit des 
fi i 1 e s qu'ils deftineroient à des ufages infâmes. 
Si ces jeunes créatures, fuivant le panchant de 
la nature corrompue' , s'abanckmnoient à tou- 
tes fortes de diJfolutions , ne penfant point du 
tout à la Loy de Dieu, dont elles pourroient 
même n'avoir point entendu parler, quoi qu'el- 
les pullent avoir quelque fentiment naturel , 
que la vie qu'elles meneroient ne feroit pas 
honnête : que devroit-on dire de ces maiheu- 
reufes victimes de l'impudicité , comme les ap- 
pelle Tertullien, li après avoir vécu de îa forte 
pendant dix ou douze ans , elles mourroient 
tout d'un coup fans avoir penfé à Dieu , no» 
plus à la mort , que durant la vie ? Si on en 

D 1 croit 



44 Nouvelle Herefie 

Ar. t. VI» croit ces nouveaux Docteurs Jefuices , il eft 
fur «qu'elles ne feront point damnées , & que 
même le Paradis leur eft alîiiré , après avoir 
efté purifiées par les peines du Purgatoire. 
Car ayant efté reconciliées avec Dieu dans le 
Bâtême, & n'ayant commis cjue dcspechez, Vhi- 
lofophique-s , qui ne font point perdre l'amitié de 
Dieu , qu& non dijfolvunt amicitiam Vci , elles 
feront mortes en état de grâce : Or qui meurt 
en état de grâce , ne peut manquer d'être 
-fauve. 

z. On en peut dire autant des enfans de 
Chrétiens , qui auroient efté enlevez dés l'âge 
-de deux ou trois ans par des Iroquois , ou 
d'autres peuples auiîi barbares & auiïi deftkuez 
-de la connoiiTance de Dieu: s'ils avoient tou- 
jours vécu parmi eux en fuivant toutes leurs 
coutumes brutales, n'ayant pu avoir en fi bas 
âge aucune idée du Chriftianifme, on ne voit 
pas qu'étant morts dans cet état les Jefuites de 
Dijon pulTent douter de leur falut. Car n'ayant 
eu aucune connoifTance de Dieu ni de fa Loy, 
ils n'auroient pû avoir commis que des péchez 
Vbilofophiques qui ne les auroient pû faire dé- 
choir de la grâce, que je fuppofe qu'ils auroient 
reçue dans le Bâtême. 

j. La fiant à part le falut , cette nouvelle 
Théologie ne pourroit être reçue* dans l'Egli- 
se , ce qu'à Dieu ne plaife , qu'elle ne fît un 
horrible renverfernent dans l'adminiftration du 
Sacrement de Pénitence. On le comprendra 
mieux par quelque exemple. En voicy un, que 
teux qui ont travaillé dans les Miflïons avoue- 
ront être aifez commun. Je fuppofe qu'un li- 
bertin aura toujours vécu d'une manière fcrt 
débordée» fans fe fouvenir d'avoir jamais eu 
-aucun mouvement de pieté.; qu'il ne fe fera 

jamais 



du feche Thilofophique. 45 
jamais confelTé, fi ce n'eft peut-être dans l'en- Ah.t. VL 
fance , lors qu'il ne fçavoit encore ce qu'il fai- 
foit j & qu'étant enfin touché de Dieu par une 
grâce extraordinaire , il veut tout de bori'fon- 
ger à fon falut. Il s'adrefle pour cela à un 
Confefleur fort éclairé & luy fait une Confef- 
fion générale, n'en ayant jamais fait aucune. Il 
Ja commence par luy avouer qu'il a cité fort 
mal élevé ; qu'on n'a eu aucun foin de luy 
apprendre dans fon enfance à connoître & à 
fervir Dieu ; qu'il s'elt trouvé étant fort jeune 
en de très mauvaifes compagnies , qui luy ont 
corrompu l'efprit , & l'ont porté à toutes for- 
tes de débauches , d'yvrognerie, d'impureté, & 
de jeu j qu'il y a pris de mauvaifes habitudes , 
de jurer & de biafphemer j qu'il ne faifoit feru- 
jpule de rien , qu'il n'a prefque pas vû de fem- 
mes qu'avec des yeux impudiques , & qu'il s'e- 
ftimoit heureux quand il pouvoir donner de 
l'amour à des femmes mariées, qu'il aelléfors 
querelleur, & qu'il s'elt vangé cruellement 
toutes les fois qu'on luy a fait quelque chofe 
qu'il a pris pour un affront ; qu'il a trompé au 
jeu tant qu'il a pu , & volé par adreiîe diver- 
fes chofes à des Marchands. Le Confefleur lui 
pourra demander â l'égard des mauvais defirs^ 
s'ils écoient tout-à-fait formez. Helas oiiy , 
lui dira-t-il ! car j'avois le cœurii corrompu de 
ce^côté-la , qu'il n'y avoit point de mal que. 
je ne fufle difpofé à faire , pourveu que j'en 
eufle le moyen & l'occafion. Reconnoiflfez. 
donc , dira le Confefleur , de quel abîme de 
malheur Dieu vous a retiré par une finguliere 
milericorde , qu'il n'a pas faite à une infinité 
d'autres, qui n'avoient pas tant mérité que 
vous d'être perdus pour toute l'éternité. "Je le 
yoy bien maintenant ( repartira le pénitent ) 

& 



4 6 Nouvelle H ère fie 

{ àai. Yl. & je prie Dieu qu'il me le rafle reiîentir de 

plus en plus. Mais alors je ne voyo.s rien ; 
mes méchantes habitudes m'avoienc ceilemenc 
aveuglé & endurci , que mon efprit n'étoit 
occupé que de l'objet de mes pallions. 11 y 
avoit de certaines actions que je regardais 
comme mauvaifes , parce que je n'aurois pas 
vouiuy être furpris, cornue quand je trom- 
pois au jeu , ou qu'on m'avoit donné des afli- 
gnations criminelles j mais ce n'étoit que par 
rapport aux hommes , que ie les blàmois , & 
non pas par rapport à D;eu & a mon faiut. 
Car c'efi â quui je ne penfois point du tout 
en ce tems-là , comme il paroît bien en ce que 
j'ay e!té plus de trente ans fans me confeiîer : 
& fi j'allois à la Meile ce n'étoit que par cou- 
tume, & en me taillant aller à toutes fortes de 
diffractions fouvent tres-mau^ aifes. 

On ne voit pas que iV.cn ret expofé , 
tout homme inftruit des maximes de l'Evan- 
aile & des règles cie i'Egiife , pût regarder ce 
pénitent que comme un tres-grand pèchent ^ 
qui auroit commis plus de cent mille péchez 
tous dignes de l'enfer , mais dont le Paint n'é- 
toit pas defefperé , parce que Dieu lui faifoit 
la grâce d'en avoir un véritable repentir, &: la 
volonté de fe fojimettre à tout ce qu'on luy 
ordonnerait pour les expier par de dignes fruits 
de pénitence. , i 

Ma s fi le Tefuite ProfefTeur en Théologie 
du Collège de Dijon avoir eu cet homme à 
conduire , '1 en aurci: porté un jugement bien 
difFe ent. Il fe feroit enquis à l'égard des ju- 
remens & des blafphémes dont il fe feroit ac- 
eufé , s'il les avoit proferez par une méchante 
habitude , fans faire reflexion qu'il y eût du 
mal en cela $ &- iï le pénitent eut répondu : 

3 e 



du péché Philofophicjue. 47 
Je n'y faifois point de reflexion , mais c'étoit A r t. V 
i fouvent par emportement & par colère , & 
d'autres fois par accoutumance • parce cjue je 
m'en étois fait un langage que je croyois qui 
feïoit bien à des gens de ma forte , tant étoit 
grand mon aveuglement. Le Jeluite auroit 
de là pris fujet de lui dire : Vous devez donc 
être en repos à l'égard de ces jurcmens & de 
ces blafphëmes , comme aufli des regards im- 
pudiques , fi vous y êtes tombé , comme vous 
dires , par une méchante habitude 3 fans pen- 
fer au mal que vous faifiez. Car ce ne font 
point de véritables péchez : parce que fans li- Apolog 
berté il n'y a point de péché i & que pour avoir ^"Jj^j 
la liberté d'éviter le péché , il faut conncître 
qu'il y a dn mal dans ce que l'on fe propofe de 
faire. Il eft bien rare , dira le pénitent , que 
j'y aye penfé : fi ce n'eit , comme j'ay dit, 
quand j'ay trompé ^u jeu , parce que je n'au- 
rois pas voulu aufïï , fi j'eufie efté marié , 
qu'on eût débauché la mienne. Vous avez 
donc , lui auroit dit le Jefuite , péché alors 
véritablement , puis qu'en commettant ces 
actions , vous avez penfé que vous faifiez 
ma!. Mais il faut fç avoir encore autre chofe 
pour bien connoître l'état de vôtre confeien- 
ce. En faifant des chofes que vous fçaviez 
bien être mauvaifes , avez-vous penfé actuel- 
lement à Dieu , c'eft à dire , avez-vous penfé 
que Dieu les avoit défendues , & qu'ainfi vous 
l'ofFenferiez en les faifant. Helas , mon Fere, 
je croy vous avoir déjà dit , que j'ay efté fi mal 
initruit des mon enfance , & que de méchan- 
tes compagnies m'avoient depuis tellement 
éloigné de tout ce qui a qnelque apparence de 
pieté, que dans tout ce miferable tems , dont 
j'ay bien du repentir , je n'ay eu aucune pen- 

fe'c 



43 Nouvelle Herejîc 

A *. t. VI. fée de Dieu , non plus que s'il n'y en eut 
point eu , n'ayant l'efprit occupé que de l'ob- 
jet de mes pallions. Etes-vous bien certain 
de cela ? Oiiy , mon Pere , tres-certain. Vos 
affaires n'en vont que mieux , & vous n'avez 
pas tant de fujet de craindre. Car quoy que 
vos yvrognerics , & vos autres débauches plus 
criminelles foient de grands péchez , ncan- 
-moins s'il eft bien vray ce que vous me dites, 
que vous vous y êtes laifTé emporter fans pen- 
fer actuellement à Dieu , je vous puis aflurer, 
que ce n'ont point efté def ojfenfes de Dieu , qui 
vous ayent fait mériter la damnation éternelle , 
ni qui vous ayent fait déchoir de l'état de 
grâce j où vôt^re Baptême vous avoit mis. Je 
vois bien que cela vous furprend , mais il eft 
trop tard prefentement. Venez me voir dans 
quelques jours , & je vous expliquera} 7 ce qui 
méfait due, que vous n'êtes pas fi coupable à 
JTégard de Dieu , que vous le croyez , Se que 
vous pourriez bien n'avoir point perdu la grâce 1 
de vôtre Baptême. 

Les Confefleurs qui feroient prévenus de 
cette nouvelle Théologie des "fefuires , trou- 
veroient fouvent divers cas femblables dans 
les conférions ordinaires de gens mal-inftruitSj 
qui ne fe confeiïent que rarement , & qui ne 
fçavent gueres ce que c'eft qu'une vie vraye- 
thent Chrétienne. Car fi pour juger de l'état 
de leur confeience , & des pénitences qu'on 
}eur doit impofer ^ ils ne fe contento-ent pas 
d'apprendre d'eux-mêmes , qu'ils ont commis 
beaucoup de péchez cftimez morcels par tous 
les Théologiens raifonnables , mais qu'ils vou- 
iuflent encore fçavoir d'eux . s'ils les avoient 
commis en penfant actuellement à Dieu • il eft 
-certain qu'il y en auroit un très- grand nom- 



du pèche Phtlofophique. 4$ 
brc qui aflureroient , qu'ils n'y ont point du Arï, VI. 
tout penfé , mais qu'ils n'ont fongé qu'à leur 
gain , qu'à leur plaifir , ou qu'à leur vangeance. 
Et de-là ces Confeflcurs devroient conclure, 
que ces penitens ne feroient coupables que de 
péchez véniels , dont à la rigueur ils n'auroient 
pas elle obligez de fe confeiTer. Or fe peut- 
on imaginer une méthode plus pernicieufe à 
la conduite des ames? 

Ce feçoit encore pis , fi cette doctrine fe ré- 
pandoit dans le monde, & que le commun des 
Chrétiens s'en fût laiifé infecter. Car fe com- 
mettant une infinité de pochez qu'on n'a point 
douté jufqu'icy qui ne fullent mortels , par des 
perfonnes que la tentation y fait tomber fans 
penfer actuellement à Dieu : comme il y en a 
beaucoup , dont on a de la peine à fe confef- 
(èr, parce qu'ils font honteux , cette nouvelle 
Théologie leur apprenant qu'ils ne font que 
véniels , ils ne fe croiront point obligez de 
s'en confefler , 8c mourront ainfi dans l'impe- 
nitence. 



ARTICLE VII. 

Réfutation de ce qui a efie dit par le s Je» 
fuites de houvain pourjuflifier 
leur Thefe de Dijon. 

IL ne me reite qu'à examiner ce que les Je- 
tuitesont pû trouver de plus plaufible pour 
appuyer ou jùftifter la Thefe de leurs Pères 
de Dijon , lors qu'on leur en a fait reproche. 
Je l'ay déjà rapporté pour faire voir qu'ils ne 
fe font point effrayez d'une fi étrange doctrine, 

E & 



JO Nouvelle Herefie 

& qu'ils fe font refolus de ne la point aban- 
donner , mais de la défendre cemme ayant 
cité bien tirée de leurs principes. J'ay refér- 
vé de faire voir en ce lieu , que leur réponfe 
eft abfurde & fe contredit : qu'elle laille dans 
toute fa force ce que nous venons de dire pour 
montrer que la proportion de leur Theie elt 
une Herefie manifefte. 

Ils prétendent la juftirler , en fuppofsnt 
qu'on peur ignorer fans peché qu'il y a un 
Dieu : Encore , difent-iis , que l\xifltnce de 
Dieu puijfe être démontrée d'une manière pro-, 
portionnée a l 'intelligence du peuple , // efi 
vray néanmoins que non feulement elle n'ifi 
fas proprement connue par elle-même à l'égard 
de nous , mais qu'il fe peut faire quelle feit 
ignorée fans peché , Inculpate , par ceux qui 
ne font aide^que par les fecours ordinaires de 
la grâce. Voila toute leur réponfe. 

Car c'eft de là qu'ils concluent que tant 
que cette hypothefe de l'exigence c'e Dieu 
ignorée fans peché , ne pourra être renverfee 
par ceux qu'ils appellent les pcrfeiuteurs de la 
doclrine du peché Fhtiofophiqut , enfeignée en 
Bourgogne, ( Philofophici perjecutores in Bur- 
gundizm ufque peccati ) ils ne fçauroient 
raifonnablement y trouver à redire. Voyons 
donc s'il y a rien en cela qui les puifle juiti— 
fier. 

I. Que veulent-ils dire , quand ils préten- 
dent qu'un homme peur ignorer Dieu , fans 
qu'il y ait en cela de fa faute , quoy qu'il ait 
cfté prévenu par les fecours ordinaires de la 
grâce : Fieri poteft ut exifîentia Dei ig^cretur 
inculpate . ab homine ordinariis tan tu m dîvmA. 
gratiA auxiliis pr&vento ? Ils ne peuvent en- 
tendre par ces fecours ordinaires de la grâce, 

que 



du pèche Thtlofoyhique. 51 
€juc ces grâces fuffifantes qu'ils donnent fi h_ A a t. Vil. 
beralement à tous les hommes. Car ils pré- 
tendent que Dieu ne manque point à les leur 
donner , quand elles leur font necelfaires pour 
fatisfaire à leurs devoirs- Or le premier de- 
voir de la créature raifonnable , elt de con- 
noître Ton Créateur , de l'adorer & de le fer- 
vir. Ceux donc qui font prévenus des fecours 
de la Grâce , ont dû , félon leur Théologie 
Molinienne , avoir reçu celle qui les rendoic 
capables de fatisfaire au plus important de 
'leurs devoirs , qui eft de connoître Dieu. Et 
par confequent ç/aura eité par leur faute qu'ils 
ne l'auront pas connu , puifque ç'aura eité en 
rchltant à la grâce fuffifante , qui leur avoit 
donné" moyen de le connoître. 

1 1. L'homme ayant elté créé pour connoî- 
tre & fervir Dieu , il n'elt pas polfible que 
fans peché il ait efté privé de cette connoif- 
fance. De ce qu'il y a donc tant de Peuples 
qui ont ignoré Dieu , & qui l'ignorent encore, 
c'ei't une fuite & une preuve du peché origi- 
nel ; & par confequent on ne peut dire , finon 
dans l'école de Pelage , que l'exigence de Dieu 
puijfe être ignorée Inculpate. Que fi ce Je- 
fuite de Louvain entend feulement par là , 
qu'il y a des perfonnes qui, faute d'inirruction, 
n'ont aucun moyen humain de connoître Dieu, 
on le lui avouera fans peine -, comme il y en 
a aufîi qui n'ont eu aucun moyen humain de 
connoître une infinité de devoirs , centre les- 
quels néanmoins ils n'ont pû agir fans pech? , 
ainfi que S. Auguftin le fuppoie comme une 
vérité confiante , en foûtenant la caufe de l'E- Dans îc 
1 glife contre les Pelagiens. Vous êtes dans une ouvrage 
grande erreur ( dit-il à Julien ) fi votes croy encontre 
qu'il n'y a point de necejfitè de pécher , ou filaV.cn. 

E 2. vont Lmt'MOf. 



$i Nouvelle Herefic 

Art. VII. vous ne comprene^ pas que cette necejftté efl l* 
peine du péché , qui a efté commis [ans aucune 
necejftté ; c'eft à dire la peine du péché £ Adam. 
Penjez feulement combien on a befotn de tra- 
vailler pour apprendre ce qu'il faut embrajfer, 
& ce qu'il faut fuir pour bien vivre, Cepen- 
dant ceux qui ne le feavent pas , Je trouvent 
par la dans la necejftté de pécher. Car c eft 
une necejftté que celui-là pèche , qui ne fç fi- 
chant pas ce qu'il eft obligé de faire , fait ce 
qu'il efl obligé de ne pas faire. C" eft de ces 
peche^ que David demandolt pardon à Dteu , 
Pfal.%4 k 7. quand il difoit ; Ne vous fouvenez point des 
péchez de ma jeunefle , ni de mes ignoran- 
ces. Or fi Dieu n imputait point ces jories de 
peche^, ce fidèle ferviteur ne l'aurait pas prié 
de les lui remettre. Ainfi pour juger de la 
qualité des péchez de tant de Peuples qui ont 
cité privez de la connoitfance du vray Dieu, 
il ne fert de rien de fçavoir s'ils ont eu , ou 
s'ils a'oru pas eu des moyens humains pour 
le connoître Car s'ils en ont eu , leur igno- 
rance a efté un péché -, s'ils n'en ont point 
eu , c'a efté une peine du péché. Et en l'un 
& en l'autre cas on ne peut nier fans erreur, 
qu'ils n'ayent violé la Loy de Dieu , en fai- 
sant ce qu'elle défend , quoy qu'ils ne l'ayent 
pas connue. On peut voir fur cela un tres- 
beau paflage de S. Auguftin dans fa Lettre à 
Sixte. Tout pécheur , dit-il , eft fans exeufe , 
aUm io** m & ^ en 1*** ceHX °l ut n '°nt que le piché de 
n»n. 27 ' l eur °*ig ine > °i ue CeUX <l H i en ont ajouté d'au- 
tres à celui-là par la malice de leur volonté 
propre , foit qu 'ils ayent ufé de dijeernement , 
ou qu'ils n'en ayent pas ufé. Car comme l'igno- 
rance eft Ja;is \doute un péché dans ceux c^ui 
n'ont pas voulu s'inftruire , elle eft la peine du, 



du péché Philofifhicjfie. 55 
fich* dans ceux qui ne l'ont pù. Il n'y a donc Akt.VII. 
point d'ixcufe légitime ni pour les uns nt pour 
les autres , & il n'y a pour tous qu'une jufîe 
condamnation. 

III. Mais pour faire voir d'une manière 
encore plus convaincante que cette réponfe 
des Jefuites de Louvain leur eft tres-inutiic, 
pour juttifier leur Thefe de Dijon , on n'a 
qu'à conhderer , que s'il y a des perfonces 
qui ayent manqué de moyens humains pour 
connoître Dieu , ç'a efté fans doute tous les 
peuples de l'Amérique , avant qu'on l'eût 
découverte. Voilà donc des mille millions de 
perfonnes qui , félon ces Jefuires , n'auront 
jamais commis au plus que des Pecbef Thilo- 
fophiques , dont Dieu n'étoit point ojfenfé , & 
qui ne meritoient point de peine éternelle , 
lors même qu'ils mangeoient tout vivans 
leurs ennemis pris en guerre , par une cruau- 
té tout à fait barbare. Si les Jcfuites ne trou- 
vent point qu'il y ait en cela d'inconvénient , 
on leur demande ce que deviendront ces mille 
millions de perfonnes au jour du Jugement. 
Pour retrancher tout ce qui pourroit fouffrir 
la moindre difficulté , on ne parle point de 
ceux qui feroient morts avant l'ufage de rai- 
fbn , mais feulement de ceux qui auroient 
commis. des péchez actuels. Ils ne les met- 
tront pas à la droite de J e s a s-C hrist ; 
parce que tous ceux qui y feront , iront joiiir 
de la vie éternelle. Or on ne croit pas qu'ils 
fôient affcz hardis pour ouvrir le Ciel à cette 
infinité de pécheurs , qui auroient vécu dans 
une entière ignorance de Dieu & de fa Loy , 
quelques crimes qu'ils euflcnt commis. Ils ne 
les mettront pas auffi à fa gauche -, parce que 
*tous ceux qui y feront , iront au fupplice 

E 3 éter- 



54 Nouvelle Herefe 

Ar.t. Vil. eccrnc l : je/- ibunt fa tn fuppltcium Aternum. 

Or ce leroit les traiter avec injultice , que de 
les condamner à un fupplice que leurs peche^ 
ne méritent point , de quelque nature qu'ils 
ayent pu être , n'ayant efté que Pktlojophi- 
ques. Il faut donc qu'ils avouent que leur 
nouvelle Théologie ne fe peut foûtenir , qu'en 
renverfant les plus communes veritez de la Re- 
ligion Chrétienne, que l'on apprend aux enfans 
dans leurCatechifmc. 

IV. Que ce Toit par fa faute , ou fans fa 
faute qu'un homme ait ignoré qu'il y a un 
Dieu , cela ne fait rien du tout à la nouvelle 
Théologie des Jefuites du Péché Philosophi- 
que. Car on y enfeigne expreficment que tous 
les péchez contre la droite raifen & contre 
l'honnêteté naturelle que commettent ceux 
qui ne penfent point actuellement à Dieu , en 
les ccmmettsrt , qui de Deo acJu non cogi- 
tant , ne font que des pecheT^ Philofophiques, 
qui ne [ont point offenfes de Dieu , & ne mé- 
ritent point la peine éternelle. Or tous ceux 
qui ne connoiflent point Dieu , foit que ce 
foit par leur faute , ou non , ne penfent 
point à Dieu en commettant des péchez con- 
tre la droite raifon , & l'honnêteté naturel- 
le. Il eft donc également certain des uns & 
des autres , félon leur Thefe ce Dijon , que 
quelque débordée que foit leur vie , ils ne 
commettent que des Peche^ Philofophiques , 
dont Dieu ri cft point offenfé , & qui ne leur 
feront point fouffrir la peine du feu éter- 
nel. 

V. Enfin les Cafuiftes les plus hardis à in- 
venter des opinions relâchées , n'ont ofé al- 
ler fi loin que ces Jefuites de Dijon. Car 
quoy qu'ils ayent fcûtenu cet étrange excès, 

qu'on 



du pèche Philofophique. 5 1 

cju'on pouvoit être pofitivcment Athée, In- Art. VII. 

TINCIBILITER & INCULPA TE ( Car 

c'ert parmy eux la même chofe ) ils ne fc 
font pas néanmoins avifex de donner à ces 
Athées l'avantage qu'on leur a donné à Di- 
jon , de ne pouvoir commettre en cet état 
cjue des Péchez Pbilofophiques incapables de 
les damner. On n'en peut defirer de meil- 
leure preuve que cet horrible cas de Cara- 
muel, le plus hardy de tous les Probabi- 
liftes : Nafcitur Petrus , baptizatur : ante- 
quant locjui feiat capitur a Barbaris , in fil- do&r. de° 
vxm inducttur , & Atheifmurn pofitive doce- Probab. 
tur. Ad ufum rationis pervertit : pojfe I n- Epift- 4- 
'tincibiliter nefeire Deum faltem ad Rero1, *• 
tempm Theologi nobiliores affirmant. Mcriatur tt,Il f' 
igitur hic anteqnam ignoret vinabiliter Deum, 
O* aliqHod committat mortale. GHto Petrum 
D. Tag-:anm m'tttet ? Non ad infernum , quia 
originali ille & aftuali mortifero caret : Ad 
cAhm ergo ? Il eft neceflaire , félon Caramuel, 
qu'afîn que ce baptifé , pofitivement Athée , 
puifle être fauve , il n'ait point commis d'au- 
tre péché mortel capable de le damner. II 
fuppofe donc qu'il en peut commettre : & ce 
qui ne peut être , félon la nouvelle découver- 
te des jefuites de Dijon. C'eft donc en vain 
que ceux de Louv.iin prétendent , que pour- 
\eu qu'on leur laiiTe palfer , ce qu'aiTure Ca- 
ramuel , quoy que mal à propos \ qu'Exiften- 
tia Dei pot eft ignorari Incuipate, leur 
doctrine du Péché Philofophique doit pafler. 
pour bonne. 



E 4 COK< 



j£ Nouvelle H ère fie 



CONCLUSION. 

Aux Révérends Pères ^e fuite s. 

CE n'eft pas , mes Révérends Pères , pour 
décrier vôtre Compagnie , que l'on dé- 
nonce à toute l'Eglife , & à tous les Princes 
Chrétiens , la Nouvelle Herefîe , que vous 
avez trouvé bon qui fût enfeignée publique- 
ment dans vôtre Collège de Dijon , & fcûtc- 
nue* par vos Profefieurs de Lcuvain contre ceux 
qui y trouvoient à redire. 

C'eft principalement afin d'empêcher qu'une 
fî méchante dcétrine , & fi favorable aux impies 
& aux- liberrins ne fe répande dans le monde, 
& ne cacfe d'étranges defordres , & dans les 
mœurs des Chrétiens , & dans l'adminiftration 
du Sacrement de la Pénitence. Mais je vous 
protefte que c'eft auilï pour rendre un fervice 
important à vôtre Société , en lui donnant oc- 
cafion de détromper ceux qui croyent qu'elle 
n'eft pas allez humble pour fe refcudrc jamais 
à condamner iincerement & Chrétiennement ce 
qui a efté une fois enfeigné dans fes Ecoles. 
Des gens de bien , qui ont de la peine fur cela, 
ne nient pas que ce qui clt enfeigné par un Je- 
fuite , ne foit fouvent contredit par d'autres : 
mais ce qui leur fait avoir cette mauvaife opi- 
nion de vôtre Compagnie, eft qu'ils ont remar- 
qué , que quelques plaintes qu'on ait faites des 
pernicieux fentimens de vos CafuHles , & quel- 
que foin qu'ayent pris les Evêqwes d'en arrêter 
les mauvais effets par leurs ccniures , vous n'a- 
vez jamais pu gagner fur vous, de donner un acle 
public , par lequel il parût que vôtre Corps les 

con- 



du péché Philofophicjue. 57 
condamne dans vos Auteurs mêmes , & qu'il en 
porte le même jugement que les Prélats & les 
Tacultez qui les ont cenlurées. 

Voicy, mes Pères, une occafion où vous pou- 
vez vous faire honneur,en faifant voir que vous 
êtes prefentement dans une difpofition contrai- 
re à celle qu'on vous attribue. La doctrine dont 
il s'agit elt certainement horrible, & peut avoir 
de plus pernicieufes confequences , que celles 
qui firent tant crier il y a trente ans , & qui ex- 
citèrent contre vous une fi rude tempête. Onne 
l'a point elté rechercher dans quelque Livre ob- 
fcur imprimé en cachette. On l'a trouvée dans 
une Thefe de Théologie foûtenuë publique- 
ment dans un de vos plus célèbres Collèges de 
ïrance ; & on fçait allez que ces Thefes ne s'im- 
priment point parmy vous, fans être examinées 
& approuvées par vos Supérieurs. 

Elle n'eft point tirée de cette Thefe par des 
confequences dont on pourroit ne pas demeurer 
d'accord. Elle y eft en propres termes 11 clairs 
& fi précis , qu'il eft impoflîble d'y donner un 
autre fens. 

On s'en eft plaint deux fois dans une des plus 
fameufcsUniverfitez de l'Eglife 5 une fois fans 
vous nommer, & l'autre fois en vous nommant, 
pour garder, autant qu'on a pû, le même que le 
Fils de Dieu a preferit pour la correction fra- 
ternelle : & loin de vous reconnoître,vousavez 
traité de perfecuteurs ceux qui avoient eu la cha- 
rité de vous avertir de vôtre faute. 

11 ne reftoit donc plus , felorr ce même en- 
droit de l'Evangile , que de vous dénoncer à 
l'Eglife : die EcclejiA : &^'eft ce que l'on fait Mat.it. fJt 
par cet Ecrit. 

On croit y avoir mis l'impiété de vôtre nou- 
velle Théologie dans un fi grand jour , qu'il n'y 

aura 



5? Nouvelle Hère fie 

aura point de Chrétien qui n'en foitblefîé. Te 
n'en excepte pas les Sociniens. Car quoy qu'îïs 
ayent elté allez impudens pour contredire grof. 
fièrement l'Evangile, en niant l'éternité des pei- 
nes, cen'eft pas en prétendant, comme vous, 
qu'il y a des peckez tres-énormes , qui ne méri- 
tent pas d'être punis éternellement , mais c'elt 
en niant l'immortalité de l'ame, & en foûte- 
nant, contre ce que dit expreiTément S. Paul 
\M>2+,is. dans les Actes : Qu'il n'y aura que les bons qui 
reifufciteront , & que les mechans demeure- 
ront anéantis. 

Vous ne fçauriez donc éviter que tout le 
monde ne fe foûJeve , dés qu'on fera averti que 
des Religieux ont fouffert qu'on ait enfeigné 
chez eux une nouveauté fi profane , & qui peut 
caufer tant de ravages dans les mœurs des 
Chrétiens , en faifant pafler pour des péchez 
véniels & incapables de damner perfonne , les 
péchez les plus énormes , quand on les commet 
fans penfer actuellement a Dieu : ce qui eft une 
circonftance qui accompagne prefque tous les 
crimes des pécheurs d'habitude , dont le nom- 
bre n'elt que trop grand. 

Vous vous flatterez peut-être que vôtre crédit 
arrêtera les plus zelez , & empêchera qu'on ne 
vous condamne , pour ne point faire de tort à 
l'honneur d'une Compagnie dont la réputation, 
fî on vous en croit, eft neceflaireà l'Eglifc. 

Mais quand vôtre crédit iroit jufques-là , & 
que vos intrigues fermeroient la bouche à ceux 
qui feroient les plus obligez de parler, pour re- 
médier à un tel fcandale , vôtre Société n'en fe- 
roit que. plus diffamée parmy tous les gens de 
bien j puifqu'ils auroient lieu de fe la reprefen- 
ter comme la pefte ^e ï'Egfifè , cap?b'e d'y çau- 
fer de tres-grandsmuux , par la défoâogeaïfon 



du péché Thilofophique. 
u*elle a de corrompre la Morale Chrétienne 
m ar Remédiantes opinions, dont cclle-cy fcm- 
:o 'Jble être le comble, & incapable d'être arrêtée 
c, |dans cette licence par la crainte du châtiment 5 
] parce qu'elle s'elt rendue fi formidable par Ton 
crédit, Tes richefles &fon étendue , qu'on croit 
toujours avoir raifon de là' ménager ; de peur 
que fi on la traitoit comme le méritent Tes ex- 
cès , elle ne fift encore pis. C'eft aflurément la 
penfée qu'on auroit de vous, fi vôtre cabale 
étoit aiiez forte pour empêcher la condamna- 
tion d'un fi dételtable paradoxe. 

Croyez-moy donc , mes Révérends Pères, ce 
n'eit point là le party que vous devez prendre, 
ni pour vôtre honneur ni pour vôtre confeien- 
ce. Le feul qui reite à vôtre Société, pour aiTu- 
rer l'un & l'autre , eft d'édifier l'Eglife , en 
condamnant elle-même une doctrine fi impie , 
enfeignée chez elle , &'en reconnoiflant publi- 
quement qu'on a eu grand tort de foufTrir qu'on 
l'y enfeignât. 

Mais afin qu'on ne doute point que ce def- 
aveu ne foit fincere , il faut que vous alliez juf- 
qu'à la fource du mal , & que vous fouferiviez 
à cette maxime du droit Canonique fondée fur 
l'Ecriture & fur la Tradition : Ignorantia 

JuRIS NATURALIS OMNIBUS ADULTIS DAM- 

nabilis est. Car tant que vous demeurerez 
opiniâtrement attachez à cette erreur de vos 
Cafuiftes : que quoycjue l'on fajfe , on ne pèche 
point , fi on ne connoît qu'il y a du mat en ce que 
l'on fait , vos Théologiens de Dijon retrouve- 
ront bien fondez de foûtenir, qu'un péché contre 
la droite raifon n eft point une offenfe de Dieu , fi 
on re connoît n le commettant , qu'il eft ojfenfe 
de Di»u. -e qui ne peut être, quand on ne connoîp 
pas Dieu, ou qu'on ne penfe point à Dieu. 

Vous 



ée Nouvelle H ère fie 

Vous ne pouvez donc mes Révérends Pere-s., 
condamner fificerement vôtre Thefe de Dijon , 
ii vous n'en condamnez le principe. Or cette 
Thefe contenant certainement une Nouvelle 
Herefie , vous ne pouvez vous difpenfer de la 
condamner , fans attirer fur vous l'indignation 
de tous ceux qui ont de la Religion & du zele 
pour les veritez Chrétiennes. Faites donc l'un 
& l'autre 5 fi vous aimez l'honneur de vôtre 
Société , & vôtre propre falut. 

On ne vous donneroit pas ce confeil , fi oa 
n'avoit pas de la charité pour vous. Car fi on 
haïlTbit vôtre Compagnie , on feroit porté à 
fouhaiter qu'elle fiit tout le contraire , parce 
que rien ne pourroit plus nuire à fa réputation : 
nqais parce qu'on l'aime Chrétiennement , on 
prie Dieu qu'il lui ouvre les yeux pour recon- 
noître la vérité oppofée â ces deux erreurs , & 
le cœur pour fe rendre à cet excellent avis de 
Dtgratii S.Auguftin : ISTAM doBrinam IN DlVlNIS 
Chrifit, ELOQUIIS MANIFESTA M , Societas , MA- 
"t' z6 ' NIFESTE FATEATUR : SEQUE TAMD1U 
CONTRA SENSISSE NON OPERIAT IM- 
PUDENTISSIMO PUDORE,SED DOLORE 
SALUBERRIMO APERIAT, UT SANCTA 
ECCLESIA NON TURBETUR PERVICA- 
CI EJUS OBSTINATIONE , SED VERAC* 
CORRECTIONE LiLTETUR. 



THE- 



THESES THEOLOGICjE 

DE P EC C ATI S. 



T) E c c A t u m Philofophicum feux 
J morale eft a<5fcus humanus dif- 
conveniens nature rationali & rectas 
rationi. Theologicum veib de mor ra- 
ie eft tranfgreflio libéra divine legis. 
Philofophicum quantumvis grave , in 
illo qui Deum vel ignorât , vel de Dca 
a&u non cogitât, eft grave peccatum, 
fed non eft offenfa Dei , neque pecca - 
tum mortale difïblvens amicitiam Dei, 
neque alterna pœnâ dignum. 

Diftincfcio fpecifica Metapahifica pec- 
catorum peritur ex diversâ rarione tur- 
pitudinis moralis , fed difeonvenientise 
cum objc&o , fine & circumftantiis in 
ordine ad naturam rationalem fpe&a- 
tis; Moralis verb ex oppofitione cum 
eadem vel diverfa virtute. Peccata om- 
nia non funt inrer fe connexa , nec 
aequalia *, fed aliqua funt aliis tum fpecis 
tum numéro graviora. 

III. 



Malitia peccaci commiflionis non| 
confiftit formalner in privatione recti-1 
tudmis débitas actui tantùm i nec inji 
privatione rc&itudinis débitas ipfi ope-i 
ranti , nec in privatione perfe&ionis I 
congrux , aut Dei ut finis ultimi gra- I 
tiae , aut glorias , aut habituum fuperna* I 
turalium. 

IV. 

Malitia peccati commiflionis confi- 
ait formaliter in pofitivo , feu in pofî- | 
fitivâ difconvenientiâ cum naturâ ra- 
tionali & re&â ratione, vel lege divinâ» | 
non verb partim in pofitivo, partim in 
privativo. Peccatum omiflionis nonpo- 
teft dari fine aliquo actu pofitivo , qui \ 
fit caufa vel occafio,non folùm mora- 
liter, fed etiam Phyficè &Metaphificè. 
V. 

Dantur peccata mortalia &: venialia, 
quac non folùm ex conditione perfo- 
nx peccantis, vel folâ Dei voluntate, ut 
volunt Calvinus^c Lutherus, fed etiam 
ex naturâ rei differunt. Mortale autem 
in hoc prascipuè à veniali, qubd mor- 
tale ex naturâ fuâ eft notabilis rccefliis 
à ratione & lege Dei, gravis Dei offen- 
sa diflolvens amicitiam divinam , non 
verb veniale. 

VI- 



VI. 

Deformitas pcccati mortalis confi- 
ait in eo quod per ipfum Deus gravi- 
ter ofFenduur , ôc virtualiter quodam- 
modo,aut formaiitcr contemnitur. Ad 
fcççcacum mortale requiritur materia 
gravis , quantitas norabilis > plena in- 
tellectiis advertentia , de plenus volun- 
tatis confenfns. Malitia pcccati morta- 
lis non eft infinita moralitcr , intrinle- 
cè , fimpliciter , fed extrinfecè tantùm, 
& objedivè & recundùm quid. 
VIL 

Peecatum venialc eft peccatum, quod 
leviter tantùm Deum oftendit ; nec 
mortem rpiritualem affert animx > nec 
seternâ pœnâ per fe punitur , fed privât 
hominem Gratiâ Efïîcaci & congtuâ , 
ifervore charitatis , Dei timoré, & in- 
clinatione ad fequendam rationem ÔC 
legem. Scmper eft difpofttio ad pecca- 
tum mortale. Ex multis venialibus non 
poteft fieri unum mortale formaliter, 
vel aequivalenter , nifi iliorum materias 
vel effc&us moralitcr continuentur , de 
in unum coalefcant. 

VIII. 

Peccatum habituale non eft habitus 
vitiofus relictus ex peccato adluali; ne- 
que ordinatio tantùm ad pœnam, ne- 
que 



que complacentia habitualis in pecca- 
to prsterito i aut propenfio habitualij 
ad peccatum \ ncqae privatio gratis , 
fed eft peccatum actuale Phificè praete- 
ritum ? moraliter perfeverans in ordine 
ad reddendum hominem rationabiliter 
Deo exofum, donec condonetur , aut 
condigna ejus fatisfa&io exhibeaiur & 
acceptetur. 

Hm The fis , Beo duce , & anfpice 
D ei-parâ , yroyugnabit Stephanus 
Bougot j in aula majore Collège Di- 
vio-Godranij Societatis Jesu, die Ju- 

nij 1686. Matutinis ac ferotini* 

fchoU horis. 

DIVIONE, 

Apud JoANNEM RESSAYRE, 

Typographum & Bibliopolam. 
FIN. 



TABLE 



DES ARTICLES. 

Article I. 

ofition du fait, page $. 

Article Iî. 

Par quels dégrevés Je fuite s fi font enga- 
gés dans cette Nouvelle Herefie des 
péchez, Pktlofophiques , qui y filon eux*- 
quoi que tres-énormes ne méritent point 
la damnation* 5 
Article III; 
J>)ue cejïr de la Dottrine des Je fuite s , 
expliquée dans l'Article précèdent, que 
ceux de Dijon ont tiré la Nouvelle He- 
refie que Von dénonce a fEglifi* 19 
Article IV. 
Combien la Doftrine des Je fuite s expli- 
pliquée dans V article précèdent efi abo- 
minable ejr contraire à V Ecriture. De 
la I. Impiété* : quon ne commet 
que des peche^ Philofiphiques , quand 
en ne connoît point Dieu. 

Article V. 
De fa II. Impiété'; Quon ne commet 



CG TABLE DES CHAPITRES. 

que des peche^ Phtlofophiques , lors 
qu'on ne penfe point actuellement À 
Dieu. ji 
Article VI. 

M flexion particulière fur ce que les J^- 
fuites difent , que les péchez, Phtlofo- 
phiques ne font point des péchez, mor- 
tels qui fajfent perdre à l'homme la qua- 
lité d* ami de Dieu. 4.0 
Article VII. 

Réfutation de ce qui a efté dît par les 'je- 
fuites de Louvain pour juflîfier leur 
Thefe de Dijon. 49 

Conclusion Aux Révérends pera 
Je fuite s. 56 

Thèse des le fuites foutenuè à Dijon. 

61 



LE 



L E 



67 



PARRICIDE 

JUSTIFIE 7 . 

T> IALO GV Z 

Entre un Venitent & fon Confejfeur j 
Sur l'Air , Or nom dites Mane. 

Le Pénitent. 

M On Pere » j'entends dire 
Que vous n'ignorez riens 
Voulez vous bien m'inftruire 
Pour eftre homme de bien. 

Le Confejfeur. 
Vous ne fçauriez mieux faire 
Que de venir à nous 9 
Il n'en: point de nos Pères 
Qui ne (bit tout à. vous. 

Le Pénitent. 
J'ay peur que quand mon amc 
A nud vous paroîtra, 
Vous me traitiez d'infâme. 
Et de franc fcélerat. 

Le Confejfeur. 
Cette terreur eft vaine, 
Nous ne fommes pas gens 
A taire tant de peine 
Aux pauvres Penitens, 

F i 



a 

Le Venitent. 
Si j'ay fait tous les crimes 
Qu'on puifl'e imaginer, 
Aurez-vous des maximes 
Pour me les pardonner ? 

Le Coxfefieur. 
On peut Couvent mal faire 
Sans être criminel, 
Et c'eil: un grand myftere 
Que le péché mortel. 

Le Ven. Mais j'ay tué mon Pere 
Pour avoir tout (on bien, 
Empoifonné ma mere 
Crainte qu'elle en dît rien. 

Une fœur jeune & fage 
Evita le poignard, 
Mais je luy fis l'outrage 
QujAmnon fit à Thamar. 

Le Conf. Tout ce que vous me dites 
Eft mal aflurement* 
Mais fçavoir s'il mérite 
L'étemel châtiment. 

Le Ven. Or dites-moy , mon Pere^ 
Où vous avez trouvé, 
Qu\>n puifTe fi mal faire 
Sans être reprouvé \ 

Le Conf. Ce n'eft qu'en nos Ecoles 
Çh^on apprend ce fecret, 
Et deux ou trois paroles 
Vont expliquer k fait. 



Mais pour vous bien inftruire 
Ouvrez-moy vôtre cœur , 
Afin de vous conduire 
En fage Directeur. 

Dites- moy donc, mon frète. 
Quand vous avez péché , 
Avez-vous crû rien faire , 
Dont le Ciel fût fâché S 

Le \>en. Je n'avois rien en tètt 
Que mon ambition^ 
Et je fuivois en bête 
Ma folle pafllon. 

Le Conf. Tant mieux : Dieu ne sof- 
fenfe 

Que quand on fonge a luy \ 
Voyez donc rignoranec 
Des pécheurs daujourd'huy. 

Le Ven. Maïs, mon Pere, j'eftime, 
Qu/en violant fa Loy , 
J'excitois par mon crime , 
Son couroux contre moy. 

Je fuis donc un coupable*. 
Digne de fa fureur, 
Un pécheur deteftable , 
Dont fay moy-même horreur. 

Le Conf. Vous vous trompez vous- 
même 
Par cette humilité,, 
La grâce du Bâtême 
Ne vous a point quitté» 



73' 

Le Venitent. 

Quoy je ferois en grâce 
Après tant de malheurs ! 
Qu>~ft-ce donc qui l'efface 
De l'ame des pécheurs 

La Cûttfeftur, 

C'eft icy le myftere 
Qu^il faut bien remarquer î 
Ecoutez- bien, mon fiere. 
Je vais vous l'expliquer. 

Péché Philofophique , 
Eft contre la raifon. 
Veché Theologicjue , 
Eft d'une autre façon. 

Ce dernier n'eft offenfe, 
Et Dieu n'en eft fâché , 
QiTà caufe qu'on y penfe, 
Quand on fait le pechc. 

Pour le Philofophique , 
Il n'eft jamais mortel ; 
On feroit hérétique 
En croyant qu'il fût tel. 

Jamais il ne nous ôte 
L'amour du Créateur > 
Ce n'eft pas une faute , 
Digne de ce malheur. 

Il eft yrai qu'il s'oppofe 
A la règle des mœurs, 
Mais jamais il ne caufe 
Decernelles douleurs. 



En un mot fa malice 

I Eft Couvent un grand mal, 
jMais ce n'eft qu'un pur vice* 
Et un péché Moral. 

Voilà comme la grâce 
Après tant de malheurs, 
Trouve encore fa place 
Dans Pame des pécheurs. 

Pour le Theologique , 

II eft fouvent mortel , 
Lorfque l'efprit s'applique 
Et fonge à l'Eternel. 

Quand on a la penfée 
De la Loy du Seigneur, 
Ceft une chofe aifee 
D'offenfcr fa grandeur. 

H faut, pour une offenfe, 
Violer librement 
La Loy qui fait defFenfc 
D'agir injuftement. 

La liberté confifte 
A connoître &C vouloir J 
Et quoy que Dieu refifte, 
Méprifer fon pouvoir. 

11 eft donc tout vifible , 
Qu^en tout tems, en tout lieu 5 
Le crime eft impoffible* 
Si Ton ne fonge à Dieu. 



Le Pénitent. 

"Mais l'Eglife & les Pères 
Nous difent-ils cela 1 
Ne font- ils pas contraires 
A ces principes là } 

Le Confefeur» 

Les Pères malhabiles 
N'ont jamais bien cherché, 
Non plus que les Conciles, 
Le remède au péché. 

Cette gloire étoit dûë 
Aux Pères de Dijon , 
Thefe en fut foûtenuë 
Sans oppofition. 

Le Venitent, 

Je n'ay donc rien à craindre 
Des crimes que j'ay faits , 
Je vas fans me contraindre 
Pafîer mes jours en paix. 

Je me trompois moy-mème 
Par ma fimplicité, 
La grâce du Bâtême 
Ne m'a jamais quitté. 

Le CoxfeJSeur. 

Voyez quelle eft l'eftime 
Que vous nous devez tous , 
Puifqu'il n'eft point de crime, 
Qui tienne devant nous. 



F IN. 



V e